11/07/2012

Le moment pour vous de contribuer à la création documentaire

Si vous êtes sur ce site, vous aimez les documentaires et comme la télé et le ciné n'en diffusent pas assez, vous vous rabattez sur le net et c'est très bien. Mais sur le net, en plus des docus, il y a la possibilité d'aider directement ceux qui les réalisent. Possibilité que je vous propose d'exploiter dès maintenant en m'aidant à terminer un documentaire que je réalise avec des amis. Ça s'appelle Geek Politics, ça parle d'Internet et de démocratie, de hackers, de pirates, de liberté, du future, du passé mais surtout du présent.

C'est l'histoire d'une certaine idée de l'Internet. L'idée qui en était, en partie, à l'origine, celle d'une communauté de valeurs qui s'est installée dans les cerveaux doués de quelques geeks qui refusaient de voir la toile comme le nouveau bras armé du marketing ou le plus extraordinaire instrument de contrôle jamais inventé. Désormais, cette idée se déguise en Guy Fawkes, en révolutionnaire égyptien ou en pirate hacktiviste berlinois. Ils veulent qu'Internet soit un outil au service de la démocratie, du partage et de la transparence. Acteurs politiques, activistes, hacktivistes, codeurs et décodeurs du cyberespace, Geek Politics fait les présentations au travers d'un web-documentaire.

C'est écrit par Quentin Noirfalisse, mis en image par Adrien Kaempf, produit par Maximilien Charlier et yours truly gère le son et le design.



Il y a déjà un blog, un e-Book est en préparation, mais on arrivera pas à développer le web-doc sans un petit coup de pouce! Pour nous aider, faites un tour sur Kiss Kiss Bank Bank!

Merci d'avance!

03/07/2012

DOCU : Into Eternity

En Finlande, le projet Onkalo (caverne en finnois) prévoit l'enfouissement de déchets nucléaires au fond de kilomètres de tunnel creusés dans le granit, jusqu'à 500 mètres sous la surface de la planète. Là, les matières radioactives attendront mille siècles avant que l'on puisse les approcher sans danger.

Sur ce défi jeté au temps, le documentariste danois Michael Madsen (homonyme de l'acteur américain cher à Quentin Tarantino) jette un regard curieux, teinté d'humour froid.

Into Eternity est composé de prises de vues au fond du chantier souterrain, de plans sur la forêt peuplée de rennes et d'élans et d'entretiens avec des scientifiques suédois ou finlandais qui s'expriment dans un anglais impeccable.

Tous ont à cœur de préserver l'humanité du danger qu'elle a elle même créé. La solution d'Onkalo est présentée comme la plus sûre, plus que le retraitement plus que l'hypothèse qui revient souvent dans les discussions de comptoir d'expédier les déchets jusqu'au soleil ("et si le lanceur s'écrase ?" demande un des intervenants).

Mais elle pose des questions qui repoussent les limites de l'entendement. Comment - par exemple - communiquer avec les humains qui vivront sur Terre dans 100 000 ans ? Il suffit de s'imaginer ce que pourrait être une conversation avec un homme de Neanderthal pour apréhender l'ampleur de la difficulté.

Avec une infinie courtoisie, les tenants des marqueurs signifiant la présence d'un danger et les partisans d'un effacement de la mémoire même de l'existence d'Onkalo présentent leurs arguments.

Michael Madsen les écoute avec intelligence, et un peu d'ironie. Il y a encore quelques semaines, on aurait trouvé son film étonnant, un peu exotique. Depuis le 11 mars et l'engloutissement éphémère des réacteurs de Fukushima, cet essai intelligent et spirituel a pris un caractère d'urgence.
Synopsis : LeMonde.fr

Réalisé par Michael Madsen

12/06/2012

DOCU: Katastroika

Les créateurs du Debtocracy, le documentaire vu par plus de 2 milliards de spectateurs, reviennent avec une nouvelle production. CATASTROIKA cherche les conséquences de la liquidation totale de la Grèce. Révisant des exemples de privatisations aux pays développées du Sud, CATASTROIKA essaie de prévoir ce qui va se passer si le même modèle s΄applique à un pays sous surveillance économique.

Le site du Film

Réalisé par Katerina Kitidi et Aris Chatzistefanou

09/06/2012

DOCU : La finance folle (C.I)

Cash investigation - La finance folle. Le monde de la finance est dominé par des machines hors de contrôle, qui pilotent des algorithmes élaborés par des mathématiciens dans le but de faire le plus de profit possible en l'espace de quelques secondes. Mais il arrive parfois que les logiciels s'emballent et provoquent ce que les experts appellent un «flash crack» : un effondrement de la bourse en quelques instants. «Cash Investigation» a enquêté dans le milieu des «speed traders» et a découvert leurs méthodes souvent choquantes. Les journalistes dénoncent un monde de la finance qui, quatre ans après la première crise de 2008, semble ne pas avoir tiré les enseignements.

Synopsis : Télé Loisirs

07/06/2012

DOCU : Survivre au progrès

Épuisement des ressources naturelles, surpopulation, désertification, désastres écologiques et économiques, systèmes politiques à bout de souffle, appauvrissement des classes moyennes et populaires : l'accumulation des crises annonce-t-elle, comme l'affirme l'essayiste et écrivain canadien Ronald Wright, auteur du best-seller «Brève histoire du progrès», publié chez Hurtubise en 2006, l'anéantissement de la civilisation ? Est-il urgent de renoncer, comme il le préconise, à «l'illusion du progrès» qui s'est imposée à toutes les sociétés depuis la révolution industrielle, avec ses espoirs de croissance et d'avancées technologiques illimitées ? Tel est le fil conducteur de cette conversation avec de grands esprits contemporains, illustrée par des images tournées sur plusieurs continents.

Synopsis : Télé Loisirs

Réalisé par Harold Crooks et Mathieu Roy


05/06/2012

DOCU : La mort programmée de nos appareils (C.I)

CASH INVESTIGATION : La mort programmée de nos appareils. Enquête sur le géant Apple et sur de grandes marques d'électroménager, de téléphonie ou d'ordinateurs, qui font tout pour limiter la durée de vie de leurs produits pour que les consommateurs en achètent davantage. Les techniques de l'«obsolescence programmée» sont variées et sophistiquées et leurs conséquences sont claires : surconsommation généralisée et au bout de la chaine, de gros dégâts environnementaux. Portrait également de Pierre Meneton, qui se bat depuis quatorze ans contre ce qu'il appelle un «tueur caché» : le sel. Selon ce chercheur de l'INSERM, les industriels rajouteraient en secret des quantités importantes de sel dans les aliments pour les rendre plus savoureux. Résultat : on en consommerait deux fois trop. Le problème étant que cet excès de sel serait responsable, selon lui, de cent décès par jour.

Synopsis : Télé Loisirs

31/05/2012

« Pas n’importe qui... »

Au lendemain de l’élection de François Hollande, le philosophe Alain Brossat a envoyé ce texte au quotidien « L’Humanité » en vue d’une publication. Mais si la rédaction du journal publiait jusqu’ici ses tribunes sans faire des difficultés, celle-ci n’a pas eu l’heur de leur plaire, son courrier restant sans réponse. Comme on trouve ce texte éclairant, on a pris la relève...

Le lendemain de la victoire de François Hollande, dans son édition datée du 8 mai 2012, Le Monde publiait de larges extraits du discours prononcé par celui-ci, quelques heures après l’annonce de sa victoire, en son fief de Tulle (Corrèze). Mais le quotidien du soir omettait, de manière bien regrettable, d’y faire figurer ces mots qui, pourtant, ont bien été prononcés : « Nous ne sommes pas n’importe quel pays de la planète, n’importe quelle nation du monde – nous sommes la France », avant d’enchaîner, avec l’emphase de circonstance, sur les valeurs universelles de la République qu’il (le nouvel élu) s’engageait à promouvoir partout dans le monde, face aux dictatures et à la corruption ; ceci avant de conclure ainsi cette tirade : le 6 mai, c’est «  une nouvelle espérance pour le monde » - ni plus, ni moins.

Quelques jours auparavant, commentant le débat télévisé qui, deux heures et demie durant, avait opposé François Hollande à Nicolas Sarkozy, un quotidien gratuit titrait : « D’accord sur rien ». Un jugement hâtif et superficiel que font voler en éclat les quelques sentences qui viennent d’être citées : s’il est en effet une conviction sur le fond, un axiome et une inspiration que partagent les deux principaux concurrents à la Présidentielle et qu’ils ont en commun avec la très grande majorité de leurs pairs, hommes d’État et politiciens de partis (mais aussi intellectuels de pouvoir), de droite comme de gauche, c’est bien cela, qui se condense dans cette maxime : La France, ce n’est pas l’ordinaire des peuples, des nations et des États, ce n’est pas le tout venant des puissances, des cultures, des territoires et des histoires – la France, c’est l’exception exemplaire, c’est l’universel (« les valeurs ») en tant que particulier (« françaises  »).

Cette rhétorique qui nous vient du plus immémorial du discours de l’État, du discours « républicain  » appelle quelques commentaires. Elle a comme particularité de faire référence à la singularité d’une histoire et surtout d’un événement (la Révolution française) dont elle se garde bien ailleurs d’expliciter la portée pour nous et l’actualité – et pour cause, le jacobinisme, la passion de l’égalité d’un Robespierre ou d’un Saint-Just ne sont pas davantage la tasse de thé de François Hollande que de Nicolas Sarkozy. Elle suppose constamment cette sorte de miracle de la transsubstantiation de l’héritage qui ferait qu’à chaque instant la singularité de ce dont l’État (et les « élites  ») français s’estime gardiens aurait également vocation à instruire et éclairer les peuples du monde et leurs gouvernants. C’est cette croyance indéracinable, aussi puérile que présomptueuse, qui produit cet effet : tout naturellement, aux yeux du nouvel élu, la péripétie électorale du 6 mai se métamorphose en événement mondial doté d’un éclat d’exemplarité pour ainsi dire impérissable - « une nouvelle espérance pour le monde  ».

Ce que cette rhétorique suppose aussi, sans jamais l’expliciter, c’est qu’il est deux sortes de peuples, d’États, de destins nationaux : les ordinaires et les « pas n’importe qui  » - la France au premier chef. Au rang des premiers, on placerait aisément ces puissances moyennes, discrètes, sans génie propre – incapables de prêcher d’exemple de par l’éclat de leurs grands hommes et du sillon glorieux que trace leur Histoire – disons, au hasard, la Finlande, Taïwan, la Gambie, le Paraguay... Pauvres peuples sans destin, et qui traînent à la remorque de ces rares nations et États d’exception (on remarquera en passant que l’adjectif « exceptionnel  » revenait en boucle dans la bouche du sortant, Sarkozy - « vous avez été exceptionnels  », répétait-il inlassablement aux militants de l’UMP lors de son dernier discours de campagne) qui jalonnent l’Historia mundi.

Marx et Engels se moquaient de ces peuples « sans histoire » qui encombraient l’Europe centrale et orientale à l’heure du Printemps des peuples de 1848 (Tchèques, Ruthènes et autres Moldo-Valaques...). Hollande, lui, en bon disciple de Mitterrand, voit la France comme si rien n’avait changé depuis que Hegel vit passer sous ses yeux l’Esprit du monde juché sur un cheval blanc : en vecteur providentiel et à tous égards unique, exceptionnel, de l’espérance des peuples du monde. Curieux paradoxe, si l’on garde à l’esprit l’insistance avec laquelle cet homme au demeurant très ordinaire a placé sa présidence annoncée sous le signe du « normal  » - un président archi-normal pour un pays au destin unique, incomparable...

On aurait bien tort de voir dans cette envolée un dérapage incontrôlé ou la séquelle d’un vieux discours patriotique débranché. Il faut au contraire y identifier le noyau d’une présomption impériale et impérialiste qui ne s’est jamais démentie. Dans sa dimension pratique, en tant que discours destiné à informer l’action, ce propos est destiné au fond, aujourd’hui comme hier, à doter la puissance de l’État d’un crédit illimité d’ « actions impériales » de toutes sortes et toutes pourvues (dans l’esprit de ceux qui les profèrent) d’un crédit de légitimité morale et politique illimité – puisque toutes seront placées sous le signe des droits qu’ouvrent l’exemplaire exceptionnalité de ce que nous sommes en tant que nous sommes ce que nous sommes – la France. Le dernier exemple en date est tout récent – l’intervention « humanitaire  » en Libye, avec BHL dans le rôle du porteur non pas de valises, mais de « valeurs  », du croisé axiologique. Et l’on voit bien, dans ce cas, ce qu’il en est du bon usage de ce crédit auto-attribué au nom du «  pas n’importe qui  » : intervenant pour liquider Khadafi au nom des valeurs universelles (et néanmoins made in France), Sarkozy en profitera pour tenter, par la grâce de cette action sublime, d’effacer les traces de ses récentes collusions avec le dictateur - les « valeurs universelles » dans le caniveau de la très petite politique impériale.

D’une manière générale, le petit gimmick du « pas n’importe qui » remis en selle démonstrativement et inexorablement par Hollande à l’occasion de sa première expression publique a cette propriété : il rend inséparable, dans le discours public, étatique, tout ce qui couramment se subsume sous le nom des Lumières (l’héritage de...) et ce qui relève de la dimension impériale (coloniale et impérialiste) de notre Histoire. Sa mobilisation peut, en l’occurrence, être analysée comme un discret avertissement à adressé à ceux qui, en France, sont tombés du « mauvais  » côté de l’histoire coloniale : ce n’est pas demain, leur est-il signifié par le nouveau président « de gauche », que nous renoncerons à agir en toutes choses, avec vous comme avec vos pays d’origine et tous les autres « ordinaires  », en puissance impériale, en donneurs de leçons, en maîtres et énonciateurs inexorables du Droit.

Tout ceci étant énoncé d’un ton d’assurance imperturbable sur la place de la Cathédrale de Tulle, préfecture de la Corrèze, centre du Monde, capitale de l’Univers...

Publié le 30 mai 2012 par Alain Brossat sur Article XI
http://www.article11.info/?Pas-n-importe-qui

30/05/2012

DOCU : Les vendeurs de maladies (C.I)

CASH INVESTIGATION : Les vendeurs de maladies : mensonge et manipulation des grands laboratoires pharmaceutiques

Elise Lucet se penche sur les «vendeurs de maladies», ces laboratoires qui inventent de toutes pièces une pathologie pouvant correspondre à la nouvelle molécule qu'ils viennent de mettre au point, parfois malgré des effets secondaires avérés, pour lesquels ils ont déjà prévu de nouveaux médicaments. Elle évoque également Shanti Senthikuma, une Indienne de 34 ans vivant dans le Kerala, un Etat du sud ouest de l'Inde qui s'est battues pendant des années contre la compagnie Coca Cola qui, pour les besoins de production de son soda, privait la population d'accès à l'eau potable.
Synopsis : Télé Loisirs

30/05/2012

DOCU : Paradis fiscaux : les petits secrets des grandes entreprises (C.I)

CASH INVESTIGATION : Paradis fiscaux : les petits secrets des grandes entreprises
Comment les grandes sociétés échappent-elles à la «rigueur» qu'impose le monde économique actuel ? Filiales, sociétés écrans, montages comptables sophistiqués : elles ont développé de nouveaux moyens de réduire artificiellement leur facture fiscale, le tout avec la bénédiction des autorités locales. Elise Lucet évoque également le groupe d'activistes «Yes Men» qui, grâce à leurs canulars intelligents, se battent pour des causes environnementales, contre les atteintes à la liberté d'expression et contre les dérives de grandes multinationales. En l'espace de quelques années, ils ont réussi à transformer l'imposture en arme militante.

Synopsis : Télé Loisirs

30/05/2012

DOCU : Marketing vert : le grand maquillage (C.I)

CASH INVESTIGATION : Marketing vert : le grand maquillage


Le «marketing vert» consiste à utiliser des arguments écologistes pour vendre un produit. Certaines marques ont effectivement opéré une conversion «verte» pour proposer désormais des produits respectueux de l'environnement. Mais d'autres en revanche n'ont porté à leur marchandise que des modifications mineures, montées en épingle par un marketing fallacieux. Comment s'y retrouver dans la jungle du «greenwashing», cet «éco-blanchiement» qui fait passer de façon éhontée des vessies pour des lanternes basse consommation ? Enquête dans un univers où les initiatives les plus éco-responsables côtoient les mystifications les plus sophistiquées. Portrait également du lanceur d'alerte Jeffrey Wigand, qui a réussi à faire plier le plus puissant lobby américain : celui des fabricants de cigarettes.

Synopsis : Télé Loisir

30/05/2012

DOCU : Neuromarketing, votre cerveau les intéresse (C.I)

CASH INVESTIGATION : Neuromarketing, votre cerveau les intéresse.

Les marques sont de plus en plus nombreuses à scruter le cerveau de leurs clients. A l'aide d'IRM ou d'électroencéphalogramme, elles se livrent à des études sur le subconscient pour pousser à acheter. C'est le «neuromarketing», une pratique interdite. Une chaine de restauration rapide a notamment expérimenté des odeurs artificielles sur des cerveaux de consommateurs. Un géant de l'industrie cosmétique, un service public et le secteur bancaire sont eux-aussi démasqués. Portrait également de Jean-Luc Touly qui se bat contre la marchandisation de l'eau tout en étant salarié de Veolia, le numéro un mondial de la gestion de l'eau. Auteur d'un livre à charge contre son entreprise, il a été licencié puis réintégré après des années de procédure. Il tente de convaincre convaincre des communes de revenir à une gestion publique de l'eau.

Synopsis : programme-tv.linternaute.com

23/05/2012

DOCU : Pain, pétrole et corruption

Un grand documentaire d'investigation sur l'une des plus scandaleuses affaires de corruption de notre époque, perpétrée aux dépens d'un programme humanitaire mis en place par l'ONU.

"Pétrole contre nourriture" est le nom d'un programme initié par l'ONU en 1996, qui visait à satisfaire les besoins humanitaires de la population irakienne soumise à un embargo depuis l'invasion du Koweït en 1990. Il devait permettre à l'Irak de vendre une quantité limitée de son pétrole, sous contrôle de l'ONU, et d'acheter en échange de la nourriture et des médicaments. Pendant près de sept ans, "Pétrole contre nourriture" va brasser près de 100 milliards de dollars. En janvier 2004, un quotidien irakien publie une liste de personnalités et d'entreprises ayant touché des pots de vin dans le cadre de cette opération humanitaire. Le scandale éclate. L'ONU constitue discrètement une commission d'enquête indépendante, présidée par Paul Volcker, qui rend un rapport édifiant en 2005, accusant près de 2 500 individus et sociétés internationales dans une trentaine de pays. Depuis, très peu de procès ont eu lieu et les mises en examen sont tout aussi rares.Plongeant dans un univers où se croisent diplomates, fonctionnaires, avocats, affairistes, politiciens, grands patrons et agents de services de renseignement, ce documentaire raconte comment un programme humanitaire a donné lieu à l'une des plus grandes affaires de corruption mondiale de l'histoire moderne. De Dubaï à Genève en passant par Amman, Bagdad, Paris, Berlin et New York, les réalisateurs remontent une à une les étapes de cette gigantesque contrebande pétrolière. À l'aide de documents inédits et d'archives édifiantes, à travers quelques transactions exemplaires et le témoignage d'acteurs directs ou indirects, il reconstitue avec précision ce qu'il faut bien nommer un pillage, dont la principale victime a été le peuple irakien.

(Synopsis : Arte)

Réalisé par Remy Burkel et Denis Poncet

11/05/2012

Là-bas si j'y suis : La dette ou la vie

D’où vient la dette ? A-t-elle été contractée dans l’intérêt général ? Peut-on alléger le fardeau de la dette sans appauvrir les peuples ?

En France le service de la dette est le premier budget de l’État, avant celui de l’Éducation Nationale. La dette qui écrase le tiers monde depuis des années arrive au Nord.

A Liège, le CADTM propose des alternatives et milite pour un audit citoyen de la dette publique. Avec Éric Toussaint.

Nouvelle version d’un reportage d’Antoine Chao et de Daniel Mermet.

PAR ICI

27/04/2012

WTF : Gagner plus en vendant des droits de polluer

Titre original : Quand ArcelorMittal gagne de l'argent en mettant en sommeil ses aciéries


Le chiffre devrait faire bondir les métallos de Florange, qui redoutent la fermeture de leur usine et n'ont toujours pas obtenu de garanties lors du comité central d'entreprise qui s'est tenu mercredi 25 avril.
Entre 2005 et 2010, ArcelorMittal a économisé 156 millions de tonnes de quotas d'émissions de dioxyde de carbone (CO2) grâce à la mise en sommeil de plusieurs de ses installations en Europe, selon des données publiées par le cabinet londonien Carbon Market Data. Soit, au cours actuel du carbone, pourtant très bas (une tonne s'échange à 7 euros contre le double en 2009), un gain potentiel de 1,1 milliard d'euros pour le numéro un mondial de la sidérurgie.

"ArcelorMittal est aujourd'hui l'entreprise qui affiche, et de très loin, les plus gros excédents de quotas de CO2 en Europe", affirme Cedric Bleuez, directeur de Carbon Market Data. A titre de comparaison, l'allemand ThyssenKrupp, l'un de ses principaux concurrents, a dégagé en 2010 un excédent de "seulement" 5 millions de tonnes, soit 20 % de son allocation. Six fois moins qu'ArcelorMittal (31 millions de tonnes), qui a, lui, économisé 32 % de ses quotas sur la même période.

Et la tendance ne fléchit pas : le groupe franco-indien devrait à nouveau afficher une trentaine de millions de tonnes d'excédent en 2011, selon Carbon Market Data (tous les chiffres ne sont pas encore disponibles).
Attribués gratuitement, ces droits à polluer ont été mis en place en 2005 par la Commission européenne pour inciter les entreprises à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Concrètement, chaque usine qui consomme plus de 20 mégawatts par an se voit attribuer un quota d'émissions de CO2 en fonction de son activité. Si elle ne les utilise pas, elle peut les revendre à d'autres entreprises qui, elles, n'ont pas réussi à diminuer leur consommation d'énergie.

"En raison de la crise économique, nous avons dû réduire nos volumes de production, ce qui a abouti à un excédent de quotas de CO2 gratuits, reconnaît Hervé Bourrier, PDG d'ArcelorMittal en France. Mais ils sont soit conservés pour couvrir nos besoins futurs, soit revendus pour financer des projets d'efficacité énergétique."

A Gandrange (Moselle), où le sidérurgiste possède toujours un laminoir, de nouveaux brûleurs basse consommation sont ainsi en cours d'installation. Un investissement de "plusieurs millions d'euros" qui doit permettre de réduire de 15 % la consommation de gaz des fours de réchauffage du site.
Mais l'argument ne convainc pas les syndicalistes, qui accusent Lakshmi Mittal, le patron du sidérurgiste, de gonfler artificiellement sa trésorerie en revendant ses droits à polluer.

"ON MARCHE SUR LA TÊTE"

De fait, ArcelorMittal a cédé en 2011 pour 93 millions de dollars de quotas de CO2 sur le marché BlueNext, où s'échangent les droits à polluer. En 2010, son gain était de 140 millions de dollars.

"C'est un vrai scandale que nous dénonçons depuis plusieurs années, s'emporte Edouard Martin, délégué CFDT à l'aciérie de Florange. Cela veut dire qu'ArcelorMittal gagne autant voire plus d'argent en arrêtant ses hauts-fourneaux qu'en les faisant fonctionner. On marche sur la tête !"

La mise en sommeil, officiellement provisoire, des hauts-fourneaux P3 et P6 de Florange, intervenue en juin puis octobre 2011, a ainsi permis à ArcelorMittal d'économiser 38 % des quotas alloués au site l'an dernier et de dégager un excédent de 1,53 million de tonnes, selon Carbon Market Data. Soit un gain potentiel de 10,8 millions d'euros au cours actuel du carbone. Et ce, uniquement pour 2011.

Consciente de ces nombreux effets d'aubaine, la Commission européenne a décidé de faire le ménage. Jusqu'ici, les règles du système d'échange de quotas ne permettaient pas de réduire l'allocation gratuite de droits à polluer en cas de baisse d'activité. Seul l'arrêt définitif d'une installation était pris en compte. L'aciérie électrique ArcelorMittal de Gandrange a ainsi été exclue du périmètre l'an dernier, à la suite de sa fermeture en 2009.

Pour la prochaine phase du dispositif, qui démarre en 2013 et doit durer jusqu'en 2020, les allocations de quotas pourront être cette fois diminuées en cas de baisse de production. "Une installation dont le niveau d'activité en 2012 est réduit de 90 % par rapport à la moyenne 2005-2008 ne recevra par exemple aucun quota gratuit pour 2013", précise-t-on au ministère de l'écologie.

Publié le 26 avril 2012 par Cédric Pietralunga sur LeMonde.fr
http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/04/26/quand-arcelormittal-gagne-de-l-argent-en-mettant-en-sommeil-ses-acieries_1691737_3234.html 

24/04/2012

Rancière: "L'élection, ce n'est pas la démocratie"

LES ENTRETIENS DE L'OBS. A la veille de l'élection présidentielle, le philosophe s'interroge sur les limites de la démocratie représentative et s'insurge contre la confiscation du pouvoir du peuple.

Le Nouvel Observateur L'élection présidentielle est généralement présentée comme le point culminant de la vie démocratique française. Ce n'est pas votre avis. Pourquoi? 
Jacques Rancière Dans son principe, comme dans son origine historique, la représentation est le contraire de la démocratie. La démocratie est fondée sur l'idée d'une compétence égale de tous. Et son mode normal de désignation est le tirage au sort, tel qu'il se pratiquait à Athènes, afin d'empêcher l'accaparement du pouvoir par ceux qui le désirent.
La représentation, elle, est un principe oligarchique: ceux qui sont ainsi associés au pouvoir représentent non pas une population mais le statut ou la compétence qui fondent leur autorité sur cette population: la naissance, la richesse, le savoir ou autres.
Notre système électoral est un compromis historique entre pouvoir oligarchique et pouvoir de tous: les représentants des puissances établies sont devenus les représentants du peuple, mais, inversement, le peuple démocratique délègue son pouvoir à une classe politique créditée d'une connaissance particulière des affaires communes et de l'exercice du pouvoir. Les types d'élection et les circonstances font pencher plus ou moins la balance entre les deux.
L'élection d'un président comme incarnation directe du peuple a été inventée en 1848 contre le peuple des barricades et des clubs populaires et réinventée par de Gaulle pour donner un «guide» à un peuple trop turbulent. Loin d'être le couronnement de la vie démocratique, elle est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit des représentants d'une classe de politiciens dont les fractions opposées partagent tour à tour le pouvoir des «compétents».

Lorsque François Hollande promet d'être un président «normal», lorsque Nicolas Sarkozy se propose de «rendre la parole au peuple», ne prennent-ils pas acte des insuffisances du système représentatif?
Un président «normal» dans la Ve République, c'est un président qui concentre un nombre anormal de pouvoirs. Hollande sera peut-être un président modeste. Mais il sera l'incarnation suprême d'un pouvoir du peuple, légitimé pour appliquer les programmes définis par des petits groupes d'experts «compétents» et une Internationale de banquiers et de chefs d'Etat représentant les intérêts et la vision du monde des puissances financières dominantes.
Quant à Nicolas Sarkozy, sa déclaration est franchement comique: par principe, la fonction présidentielle est celle qui rend inutile la parole du peuple, puisque celui-ci n'a qu'à choisir silencieusement, une fois tous les cinq ans, celui qui va parler à sa place.

Mettez-vous la campagne de Jean-Luc Mélenchon dans le même sac?
L'opération Mélenchon consiste à occuper une position marginale qui est liée à la logique du système: celle du parti qui est à la fois dedans et dehors. Cette position a été longtemps celle du Parti communiste. Le Front national s'en était emparé, et Mélenchon essaie de la reprendre à son tour. Mais dans le cas du PCF cette position s'appuyait sur un système effectif de contre-pouvoirs lui permettant d'avoir un agenda distinct des rendez-vous électoraux.
Chez Mélenchon, comme chez Le Pen, il ne s'agit que d'exploiter cette position dans le cadre du jeu électoral de l'opinion. Honnêtement, je ne pense pas qu'il y ait grand-chose à en attendre. Une vraie campagne de gauche serait une dénonciation de la fonction présidentielle elle-même. Et une gauche radicale, cela suppose la création d'un espace autonome, avec des institutions et des formes de discussion et d'action non dépendantes des agendas officiels.

Les commentateurs politiques rapprochent volontiers Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en les accusant de populisme. Le parallélisme est-il fondé?
La notion de populisme est faite pour amalgamer toutes les formes de politique qui s'opposent au pouvoir des compétences autoproclamées et pour ramener ces résistances à une même image: celle du peuple arriéré et ignorant, voire haineux et brutal. On invoque les pogroms, les grandes démonstrations nazies et la psychologie des foules à la Gustave Le Bon pour identifier pouvoir du peuple et déchaînement d'une meute raciste et xénophobe.
Mais où voit-on aujourd'hui des masses en colère détruire des commerces maghrébins ou pourchasser des Noirs? S'il existe une xénophobie en France, elle ne vient pas du peuple, mais bien de l'Etat lorsqu'il s'acharne à mettre les étrangers en situation de précarité. Nous avons affaire à un racisme d'en haut.

Il n'y a donc pas de dimension démocratique dans les élections générales qui scandent la vie des sociétés modernes?
Le suffrage universel est un compromis entre les principes oligarchique et démocratique. Nos régimes oligarchiques ont malgré tout besoin d'une justification égalitaire. Fût-elle minimale, cette reconnaissance du pouvoir de tous fait que, parfois, le suffrage aboutit à des décisions qui vont à l'encontre de la logique des compétents.
En 2005, le Traité constitutionnel européen fut lu, commenté, analysé; une culture juridique partagée s'est déployée sur internet, les incompétents ont affirmé une certaine compétence et le texte a été rejeté. Mais on sait ce qu'il advint! Finalement, le traité a été ratifié sans être soumis au peuple, au nom de l'argument: l'Europe est une affaire pour les gens compétents dont on ne saurait confer la destinée aux aléas du suffrage universel. 

Où se situe alors l'espace possible d'une «politique» au sens où vous l'entendez?
L'acte politique fondamental, c'est la manifestation du pouvoir de ceux qui n'ont aucun titre à exercer le pouvoir. Ces derniers temps, le mouvement des «indignés» et l'occupation de Wall Street en ont été, après le «printemps arabe», les exemples les plus intéressants.
Ces mouvements ont rappelé que la démocratie est vivante lorsqu'elle invente ses propres formes d'expression et qu'elle rassemble matériellement un peuple qui n'est plus découpé en opinions, groupes sociaux ou corporations, mais qui est le peuple de tout le monde et de n'importe qui. Là se trouve la différence entre la gestion - qui organise des rapports sociaux où chacun est à sa place - et la politique - qui reconfigure la distribution des places.
C'est pourquoi l'acte politique s'accompagne toujours de l'occupation d'un espace que l'on détourne de sa fonction sociale pour en faire un lieu politique: hier l'université ou l'usine, aujourd'hui la rue, la place ou le parvis. Bien sûr ces mouvements n'ont pas été jusqu'à donner à cette autonomie populaire des formes politiques capables de durer: des formes de vie, d'organisation et de pensée en rupture avec l'ordre dominant. Retrouver la confiance en une telle capacité est une oeuvre de longue haleine.

Irez-vous voter?
Je ne suis pas de ceux qui disent que l'élection n'est qu'un simulacre et qu'il ne faut jamais voter. Il y a des circonstances où cela a un sens de réaffirmer ce pouvoir «formel». Mais l'élection présidentielle est la forme extrême de la confiscation du pouvoir du peuple en son propre nom. Et j'appartiens à une génération née à la politique au temps de Guy Mollet et pour qui l'histoire de la gauche est celle d'une trahison perpétuelle. Alors non, je ne crois pas que j'irai voter.
Propos recueillis par Eric Aeschimann

Publié le 18 avril 2012 sur Bibliobs.Nouvelobs.com
http://bibliobs.nouvelobs.com/tranches-de-campagne/20120418.OBS6504/jacques-ranciere-l-election-ce-n-est-pas-la-democratie.html

24/04/2012

Critique des flux

Le modèle connexionniste créé par l’ingénierie informatique sous l’effet du développement des modélisations du fonctionnement cérébral par les neurosciences, s’oppose à partir des années 70 au modèle cognitiviste. Pour ce dernier, l’information est traitée par une unité centrale de calcul qui communique séquentiellement avec une mémoire statique par l’intermédiaire de lignes de transmissions. Le comportement de ce type de machine (symbolique) est déterminé d’avance par son programme, de sorte que ses réactions à toutes les entrées admissibles sont prévisibles dès le début. Le modèle connexionniste, au contraire, exige que le système de traitement des entrées soit évolutif et perfectible. Il n’est pas organisé de manière linéaire sur la base d’un traitement « à la chaîne », mais à partir de l’activation d’aires multiples et de réseaux qui opèrent « en parallèle », sans contrôle central, par le simple effet d’interactions locales [1]. L’avantage du modèle connexionniste sur le modèle symbolique classique, c’est qu’il n’est pas nécessaire de lui fournir à la fois les symboles, les opérations, et une bonne partie des catégories (c’est-à-dire les liaisons entre séquences de symboles qu’il faut assurer, celles qu’il faut éviter). Les classifications découlent de l’évolution des connexions dont les « poids » changent au cours de l’apprentissage, aucune unité ne pouvant réaliser à elle seule la classification des informations qui figurent en entrées, alors que le réseau dans son ensemble y parvient.
Ce modèle [2] a été très inspirant pour le management des années 90. L’entreprise se veut plus réactive et rêve de se débarrasser des vieilles structurations fonctionnalistes et des pesantes hiérarchies. Elle exige de fonctionner en réseau, c’est-à-dire en établissant des liens facilement ajustables [3]. En bonne logique connexionniste, il y aurait « plusieurs manières d’identifier les acteurs les plus “importants” d’un système, soit par des mesures de centralité, soit par des mesures de prestige. » [4] En dépit des théories sur l’« intelligence distribuée » que le réseau est censé promouvoir, le modèle connexionniste se contente de n’être qu’une grossière imitation des structures cérébrales ; en revanche, il peut rendre compte de l’évolution des réseaux managériaux et de la structure entrepreneuriale contemporaine.
La métaphore connexionniste se montre utile à la compréhension de la dynamique sociale au cours des dernières décennies car elle éclaire une vaste gamme d’interactions au sein des sociétés développées, surtout à travers la vision que les agents ont d’eux-mêmes et de leurs rapports (ou plutôt de l’idéalisation de ces rapports). Le mot « connexionniste » peut donc figurer au nombre des prédicats les plus pertinents pour exprimer ce stade de développement de la société, de même qu’on parlait ou qu’on parle encore aujourd’hui de façon plus ou moins heureuse de « société bourgeoise », « capitaliste », « industrielle » ou « néo-libérale », étant entendu qu’aucun prédicat n’a pour fonction d’exprimer une totalité et que le sujet qu’il prédique peut n’être lui-même qu’une métonymie (le mot « société » représentant un pays, ou divers pays, ou divers types de pays, etc.)
Le succès de la forme réticulaire connexionniste dans le champ social a été rendu possible par la révolution technologique majeure intervenue au XXe siècle : celle des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Si le développement technique a eu pour effet, depuis l’origine du genre Homo, d’accroître sa puissance motrice et sa présence matérielle dans le monde, la société connexionniste a tendance à transformer l’activité en flux informationnels et communicationnels alors que, parallèlement, les appareillages techniques ont acquis un pouvoir de transformation et une puissance destructrice gigantesques.
Le corps humain, en tant qu’entité bipolaire individu-outil, subissait et subit encore, mais à une échelle moins grande que par le passé, une situation d’enfermement destinée à la production. Dans la société connexionniste, la corporéité technique n’est plus destinée prioritairement à produire des biens ou des services, mais des flux, ni à transformer des matières premières, mais du temps. Consommer du temps pour produire des flux, voilà la tâche première de l’individu connexionniste. Il s’agit là d’une autre forme d’enfermement par enveloppement dans un maillage plutôt que par contention dans un espace foucaldien ou même dans un espace de contrôle comme le suggère Deleuze [5]. La société connexionniste vit sous la menace du ralentissement ou du blocage de ses rouages. Elle se méfie de la corporalité biologique qui est source de dysfonctionnements et de perturbation des flux. En tant qu’individu incarné, le citoyen peut provoquer des accidents de la route, encombrer les hôpitaux ou les salles d’attente des administrations (lieux qui ont d’ailleurs pratiquement disparu). Sa corporéité dérange et c’est pourquoi on tente de le réduire à un simple numéro d’identification, à quelques flux. On n’accepte de lui que des messages écrits et vocaux qui sont la plupart du temps traités par des automates ou surtaxés pour limiter leur nombre. Les solutions pouvant faciliter les « missions de service public » seraient celles qui généraliseraient le télé-enseignement ou la télé-médecine (techniques déjà largement expérimentées dans certains pays nordiques). Une autre solution consiste à créer de grandes unités dont la masse gigantesque réduit l’individu à un modeste atome : hôpitaux, aéroports, avions de plus en plus grands. L’introduction au XVIIIe siècle de la nouvelle machine-automate industrielle, la machine à vapeur, a eu pour effet d’intégrer le travail humain à un domaine plus général qui est celui de l’énergie. Le travailleur des manufactures devait s’abstraire de son mode d’être et rentrer le plus possible dans son rôle d’appendice de la machine au lieu d’être lui-même le « producteur » direct – cet aspect constituait également le paradigme du taylorisme et du fordisme. À partir de la fin du XIXe siècle, les industries de flux – comme une raffinerie qui est un gigantesque aménagement de tuyauteries, par opposition à des industries « solides » comme le bâtiment, les chaînes de montage représentant un moyen terme entre les deux – gagnent en importance et initient de nouveaux processus industriels : la main d’œuvre est inversement proportionnelle à la production et intervient surtout en cas d’interruption des flux [6]. Dans le processus mécanique, un fluide doit être préalablement transformé en solide par contention dans un récipient, alors que le même type de matière devient un avantage dans le processus fluidique [7] où la transformation s’effectue dans un processus de circulation. De mécanique, le processus industriel prototypique devient progressivement celui de la chimie : l’interaction des matières est seulement surveillée et contrôlée par l’opérateur. La production est de plus en plus automatisée à partir du dernier tiers du XIXe siècle et le phénomène de fluidification ne concerne plus seulement la chimie, mais touche également d’autres secteurs comme l’agro-industrie (distillation des alcools, sucrerie ou laiterie) ou la sidérurgie.
La fluidité industrielle tend à transformer le travailleur en contrôleur de flux [8]. D’opérateur mobile surveillant le circuit et intervenant sur lui à certains endroits, il se transforme en « tableautiste » dans une salle de contrôle et de commandement à distance. À partir des années 1970, les fonctions de contrôle et de planification des opérations sont confiées aux ordinateurs et la mission impartie au travailleur consiste à surveiller l’informatique. Sa qualité première n’est plus sa force de travail, mais sa vigilance, ou même sa simple disponibilité, contractuellement prévue. Toujours dans l’esprit de maintenir la continuité des flux, on tend à rendre le travail évanescent et les tâches plus floues. Le phénomène de l’« astreinte » oblige par exemple des ingénieurs à être présents la nuit non loin du lieu de production. Il en est de même de certains personnels hospitaliers ou de sociétés de transports, en particulier les conducteurs de trains. Le passage du fordisme au toyotisme et à sa gestion « à flux tendus » mobilise davantage la capacité de gestion du risque et le sang-froid du travailleur. Son « mode d’être » est tout aussi important que ses connaissances dans son évaluation. On notera son « dynamisme », sa « mobilité », son « évolutivité » et sa capacité d’« intégration ». Le travailleur doit s’adapter au système fluidique et se motiver (le motif est ce qui donne le mouvement, ce qui est moteur) tout en valorisant son capital de santé, de jeunesse ou d’expérience, de même que son capital culturel, humain, affectif, cognitif, et autre. Il doit investir toute sa personnalité dans l’interrelation et penser sa vie comme un parcours d’autoproduction plutôt que de production. Toutes les sphères existentielles [9] et potentialités humaines sont soumises à la valorisation sociale – ce que Temps critiques a nommé société capitalisée. Quelle que soit l’abstraction des données à capitaliser, elle suppose aussi leur technicisation. Activités professionnelles, réseaux de jeu sur Internet, communications interindividuelles par ordinateur et téléphone portable, ou même « connexionisme militant », tous les flux satisfont la dynamique du capital au sein de la société connexionniste. La posture corporelle fluxiste et la situation de solitude avec l’appareil qu’elle suppose, la télévisualisation du monde et la connexio-dépendance sont de puissants facteurs de désocialisation-resocialisation par des moyens purement connexionnistes comme les « réseaux sociaux » ou les sites de rencontres. Le connexionnisme facilite l’englobement de toutes les activités humaines dans les flux de la capitalisation et accroît considérablement la tendance du capital à devenir le milieu où est immergée la vie sociale. Ce qui est réellement antithétique au processus connexionniste, c’est la relation directe entre les personnes non médiée par des moyens techniques, la démocratie locale qui se passe de flux. La révolution intervenue dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) a eu l’effet parallèle d’amener les forces critiques à délaisser les organisations hiérarchiques centralistes et à adopter les mêmes dispositifs réticulaires. Le contrôle des flux (courriels, conversations, etc.) par ses automates fournit à l’État une représentation actualisée du rapport de forces entre dominants et dominés et une vision radioscopique de l’état de rébellion de ces derniers. Les synthèses de ces flux permettent aux experts en sécurité d’évaluer le niveau de dangerosité des différents groupes.
Les « systèmes fluidiques » sont souvent assimilés à une dématérialisation du monde et de l’économie en particulier. La part croissante du travail « immatériel » dans le procès de production – créativité intellectuelle, scientifique, ou capacité communicationnelle et informationnelle – entraînerait une nouvelle forme d’accumulation que certains ont dénommée capitalisme cognitif. « Le mode de production du capitalisme cognitif (…) repose sur le travail de coopération des cerveaux réunis en réseau au moyen d’ordinateurs », écrit par exemple Yann Moulier-Boutang [10]. Le « travail immatériel » serait donc « reconnu comme base fondamentale de la production » (Lazzarato et Negri) [11]. Il semble que l’on fasse une confusion entre flux et fluidité, d’une part, et insubstantiel et immatériel de l’autre. Les flux et les fluides ne sont pas immatériels – sauf ceux qui sont supposés épandre la Grâce divine. En revanche, ils s’opposent à la substance solide qui se définit par sa constance spatio-temporelle. Or si les flux ne sont pas immatériels, ils n’ont pas non plus le pouvoir de dématérialiser. Né lui-même dans la sphère de la circulation, le capital ne vise ni la dématérialisation ni la raréfaction de la substance, mais la fluidification de la dynamique économique et sociale, c’est-à-dire qu’il cherche à favoriser la vitesse de circulation et à valoriser les éléments fluides, comme la flexibilisation du travail, en relation aux inerties structurelles et aux immobilisations encombrantes, sujettes à l’usure et à l’obsolescence technologique.
La transnationalisation et les réseaux informatiques permettent, par exemple, une activité continue du personnel d’une entreprise sous forme de trois-huit en s’appuyant sur une distribution du travail répartie à travers plusieurs continents en fonction des fuseaux horaires des succursales ou filiales. L’espace des flux est a-territorial et le temps a atteint sa fluidité maximale dans une linéarisation rationalisée où a disparu toute trace de cyclicité, hormis celle qui se manifeste sous forme de crises. Un nombre conséquent de « transactions internationales » comptabilisées par les indicateurs sous forme de transferts de biens ne correspondent plus en réalité qu’à des transferts de flux au sein d’un même réseau ou groupe industriel, ou entre diverses sociétés. Certains experts estiment qu’à l’heure actuelle plus du tiers et jusqu’à la moitié du commerce mondial se déroule sous la forme d’un non-commerce intra-entreprises. Mais si l’échange privilégie le flux en relation aux transferts de substance, il n’en devient pas pour autant « immatériel ». Les infrastructures industrielles, éléments solides par excellence, sont elles-mêmes gagnées par une certaine forme de mobilité puisque les industriels n’hésitent plus à les délocaliser vers des pays où la main d’œuvre est moins chère, quitte dans certains cas, il est vrai assez rares, à les relocaliser à nouveau dans les pays d’origine.
Si la fluidification conduit à un accroissement de substance, elle est aussi à l’origine d’un mouvement chaotique qu’illustrent sans ambiguïté certaines métaphores utilisées aujourd’hui : « bulles » qui gonflent et qui éclatent, « tempêtes » [12] boursières ou financières, « naufrages » de certains États, etc. Ce processus n’est pas impersonnel ni le résultat d’un quelconque automatisme indépendant de la volonté humaine. Il est dirigé en permanence par les principaux réseaux de puissance qui ont le pouvoir d’agir à l’échelle mondiale [13].
En jouant sur les rivalités nationales, les grands groupes industriels et financiers gagnent la maîtrise du jeu et imposent des dérégulations de plus en plus cruciales. La transnationalisation du droit par les organismes d’arbitrage chargés des conflits relatifs à l’économie mondiale et les organisations financières supra-nationales, exerce une forte contrainte sur les États. Mais cela ne signifie pas que les États soient complètement destitués de leurs fonctions et mis au rebut par l’économie mondiale. Ils sont au contraire indispensables à l’établissement des normes et à la mise en œuvre des politiques d’éducation, transports, énergie ou sécurité intérieure. Ils se chargent également de répercuter les politiques financières qui répondent aux exigences de la concurrence internationale sur le marché mondial telle que les définissent les institutions comme l’OMC, la Banque mondiale, le FMI ou les G8, G20, les agences de notation et autres organisations transnationales de régulation de l’économie mondiale [14].
L’un des moyens que les États utilisent au service de l’économie mondiale, outre la désinstitutionnalisation de la plupart des médiations traditionnelles, est la dramaturgie des crises, des conflits et des risques. Les principaux risques qui servent de levier à ces politiques sont les risques techno-scientifiques, écologiques, terroristes et financiers. L’éducation à la peur est devenue la tâche principale et quasi la mission officielle de la planète TIC qui distille en permanence et donne un écho considérable à tout ce qui peut apparaître comme un risque réel ou potentiel.
Le système fluidique par excellence que constitue le réseau électrique a restructuré en profondeur la sphère productive et sa distributivité a été la condition du succès de la révolution des TIC. Mais en retour, la production et la distribution de l’énergie électrique est connexio-dépendante puisque le système n’est gérable que grâce aux TIC, ce qui le rend vulnérable au sabotage informatique [15]. Les départements de défense des pays où le niveau d’informatisation est le plus développé – et donc totalement irréversible – cherchent des solutions pour le protéger de cyber-attaques qui peuvent être aussi destructrices que les guerres conventionnelles. L’infection des centrifugeuses nucléaires iraniennes en 2009 par des virus créés par les Occidentaux ou la paralysie de l’Estonie en 2007 provoquée par les Russes en représailles contre le déplacement d’un monument érigé durant leur période d’occupation, la découverte de « bombes logiques » chinoises (virus dormants) dans le réseau électrique américain, tout cela prouve que le fluidisme poussé à l’extrême engendre des fragilités structurelles. Vulnérable aux attaques extérieures, le secteur de l’énergie est également sensible aux décisions d’un nombre restreint d’opérateurs dans chaque pays.
De la société mercantile puis industrielle jusqu’à la société connexionniste, les systèmes fluidiques ont bien sûr évolué. L’univers circulationniste visait à fluidifier l’espace et ses substances, le fluxisme de la société connexionniste veut transformer le temps.
Les systèmes fluidiques, en accélérant le temps social, ralentissent paradoxalement les délais de réaction et compromettent les ajustements à certaines finalités comme celle de la santé publique – on a vu que, dans ce domaine, le problème principal est moins celui du coût que du temps de réaction. L’énergie considérable qu’il faut déployer pour modifier la trajectoire de ces systèmes rend l’exercice périlleux et réduit son efficacité à néant. L’exemple de la nocivité des téléphones portables et des antennes-relais ou celui des accidents nucléaires sont probants : même si le danger de ces technologies est avéré, cela coûterait trop cher de les abandonner – en termes économiques, et aussi d’efforts d’imagination, de coûts politiques, et autres. L’effet de l’accélération de la fluidité a pour conséquence l’inhibition de tout changement de direction de cette fluidité, ce qui renforce l’illusion d’automatisme systémique. Le temps social est linéarisé et subsumé par le temps du développement technique et ce développement semble être imposé par la cinétique des systèmes fluidiques.
Les sociétés historiques agissaient en se projetant vers l’avenir, leur temps était ce mouvement lui-même qui les précipitait vers le futur. Mais rien n’était écrit ici-bas et leur futur demeurait incertain, leur temporalité marquée par le sceau de l’indéterminité et du risque. Nos sociétés, au contraire, voient le futur comme une épreuve menaçante qui ne cesse de se rapprocher, un à-venir qui viendra inéluctablement s’échouer sur nous sans que nous puissions nous écarter de son chemin.
Cette temporalité porteuse de déterminité et de menaces, la société connexionniste parvient tant bien que mal à la neutraliser, à la dissoudre dans un espace déterritorialisé, abstrait et lisse, un lieu sans mémoire où les TIC règnent en maîtres et dont l’accès privilégie nos sens distaux. La communication permanente et l’activité fluxiste surmontent en apparence la résistance du réel, recomposent artificiellement la socialité disparue – recomposition qui s’effectue sur un mode plus distal que proximal, magnifiant et interdisant à la fois le « contact ». Elle s’accompagne d’un discours extatico-apologétique et d’une autoglorification permanente de la « communication » vue comme une nouvelle transcendance. Les flèches des clochers qui s’élevaient jadis sur de rares hauteurs ont fait place aujourd’hui à des milliers d’antennes-relais ouvrant le domaine grandiose des cieux communicationnels aux vivants d’aujourd’hui et non plus aux croyants en un futur au-delà. Parallèlement, le temps se définit métonymiquement par le rythme des innovations technologiques qui constituent une suite sans fin et sans autre visée que de remplir ce temps devenu vide.
Ce que George Orwell avait imaginé sous la forme d’un cauchemar totalitaire – l’élimination de la mémoire sociale et du temps historique –, la société connexionniste l’a réalisé sur un mode étourdissant, plongeant ses membres dans une ivresse qui ressemble à ce « délire bachique » que Hegel assimilait au « vrai » – délire auquel personne n’échappe sans risquer de se perdre et qui est aussi, pour cette raison, « repos translucide et simple ».
Cependant, même si le futur arrive vers nous comme un mur infranchissable, il n’a pas effacé le souvenir du temps. L’ivresse n’a pas aboli le sentiment que le temps n’est pas suspendu et que son cours ne s’est pas réellement inversé. Nous savons qu’il attend simplement que nous lui redonnions son sens métaphorique premier : celui d’un chemin d’aventure vers l’imprévisible avenir. On peut donc lire les signes de révolte incertains et sommairement formulés – émeutes de casseurs, occupations d’indignés, mouvements de la jeunesse des pays arabes, révoltes contre les politiques d’austérité – comme un réveil encore halluciné et mal dégagé de l’hypnose technologique. Mais ces signes ne trompent pas : l’imaginaire fluidique qui a poussé la rationalisation et la mobilité jusqu’à l’absurde, qui a dissocié le corps et son milieu, le distal et le proximal, le sujet et l’objet, est entré en décomposition depuis une quarantaine d’années et ne peut plus persister très longtemps à vider l’espace du rêve.

Notes:

[1] – Le traitement de l’information repose sur l’interaction activatrice ou inhibitrice d’unités élémentaires ou neurones formels à l’intérieur du réseau. Ces unités ou « neurones » sont de trois types : a) les unités d’entrée, b) les unités cachées dont l’activité dépend de leurs relations, c) les unité de sortie. Le modèle « apprend » à calculer en comparant avec les résultats souhaités les résultats obtenus d’abord par une activation au hasard de ses neurones, et en reconfigurant en conséquence les liens entre ces derniers : il en renforce certains (l’activation des uns entraînera celle des autres et réciproquement) et affaiblit les autres (inhibitions). Le modèle peut apprendre n’importe quel algorithme, à une condition : avoir plusieurs « couches » entre l’entrée et la sortie, et une fonction de rétropropagation du gradient d’erreur, qui permet de rectifier l’organisation des connexions, couche après couche, afin de réduire l’écart entre résultats escomptés et résultats obtenus. Pour les partisans du modèle symbolique (métaphore de l’ordinateur), la logique est propositionnelle (un énoncé est vrai ou faux), ce qui suppose un ensemble de règles fixes et explicites pour le traitement cognitif naturellement associé à un fonds mnémonique. Le but des machines connexionnistes est au contraire de modéliser le sujet en évolution et de présenter le processus d’acquisition indépendamment d’une quelconque base mnémonique : la machine connexionniste n’a de mémoire qu’assujettie aux changements de ses configurations de traitement. C’est pourquoi la perspective connexionniste rejette l’opposition entre compétence (connaissance de règles explicites) et performance (application de ces règles).
 [2] – Cf. notamment Boltanski et Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, éd. Gallimard, 1999. Pour une étude topologique des réseaux contrôlés par les grands groupes financiers et industriels à l’échelle planétaire, on pourra se reporter à l’étude réalisée en 2011 par les chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) : The network of global corporate control (Le réseau du contrôle global des sociétés). URL : http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf...
[3] – Dans la perspective de certains chercheurs en management, cette logique a introduit « le concept d’autorégulation dont la compréhension nous permet d’appréhender le fonctionnement des entreprises en réseau autonomes. Dans toutes les situations, qu’un membre contrôle l’ensemble du réseau à un moment donné ou que personne n’en soit capable, que les membres soient concurrents entre eux ou qu’ils soient complémentaires, le mode d’organisation en réseau repose sur un principe identique. Il permet de mettre en oeuvre une action collective menée par des entités interdépendantes et séparées par des distances physiques ou immatérielles. » Christophe Assens, « Communication au 2ème colloque sur la Recherche Neuronale en Sciences Économiques et de Gestion, Poitiers », 27 Octobre 1995, publiée dans les Actes du colloque sur la Recherche Neuronale en Sciences Économiques et de Gestion, Vol 2,193-206.
[4] – « La centralité de type (degree) se mesure au nombre de liens établis entre l’acteur et les autres : plus un acteur est central, plus il est actif dans le réseau. La centralité de type (closeness) se mesure au nombre moyen de pas qu’un acteur doit faire pour rejoindre les autres membres du réseau : un acteur est donc central s’il est “proche” de beaucoup d’autres, s’il peut entrer en contact très vite ou interagir facilement avec eux. La centralité de type (betweeness) se mesure au nombre de chemins (les plus courts) sur lesquels l’acteur est un passage obligé entre deux autres acteurs : on est d’autant plus central qu’on exerce un contrôle sur les interactions ou échanges entre d’autres acteurs. » Emmanuel Lazega, « Analyse de réseau et sociologie des organisations », Revue Française de Sociologie, 1994.
[5] – Cf. Gilles Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », 1990. Sur la différence entre société de contrôle et société connexionniste, on pourra se reporter à Bernard Pasobrola, « Orwell, Bradbury et le « printemps arabe », La Revue des ressources, avril 2010. URL : http://www.larevuedesressources.org...
[6] – Comme l’a montré François Vatin dans La fluidité industrielle, éd. Klincksieck, 1986.
[7] – S’appuyant sur les thèses de Pierre Naville (Vers l’automatisme social ?, 1963) François Vatin met en garde contre l’assimilation réductrice de l’automatisation à la robotique, car « l’automatisation des systèmes industriels repose sur la recherche de voies techniques nouvelles, qui relèvent de la “chimisation” mise en évidence par Naville. Ainsi, dans la production métallurgique, on va remplacer l’usinage mécanique par l’emploi d’ultrasons, de lasers, etc. ; on va limiter le montage par la fabrication de pièces monoblocs par moulage ; plus généralement (ce qui se combine avec ces deux évolutions), on va remplacer le métal par de nouveaux matériaux de synthèse, plus légers, plus résistants et se prêtant mieux à des traitements fluides. » François Vatin, Le travail et ses valeurs, éd. Albin Michel, 2008.
[8] – Le fluxisme ne touche pas que la sphère professionnelle puisque la psychomotricité déployée en dehors des heures de travail comporte une composante de plus en plus majoritairement dédiée aux loisirs connexio-dépendants : téléphone portable, télévision, jeux vidéo, surf Internet, e-mails, commerce en ligne, etc. Certaines sociétés, comme la firme anglaise Eyes Internet, vont jusqu’à proposer aux particuliers une activité fluxiste bénévole qui consiste à suivre en direct, depuis leur domicile, les images de vidéosurveillance de ses « clients d’affaires » et de prévenir la police en cas de délit.
[9] – L’un des aspects de la capitalisation de tous les domaines de la vie est retracé ironiquement par Kundera dans ce passage sur l’érotisme où il constate que le plaisir est lui-même assimilé à une tâche utilitaire, qu’il est devenu lui aussi un « travail » : « Je me rappelle, écrit-il, cette Américaine qui, il y a trente ans, mine sévère et enthousiaste, sorte d’apparatchik de l’érotisme, m’a donné une leçon (glacialement théorique) sur la libération sexuelle ; le mot qui revenait le plus souvent dans son discours était le mot orgasme ; j’ai compté : quarante-trois fois. Le culte de l’orgasme : l’utilitarisme puritain projeté dans la vie sexuelle ; l’efficacité contre l’oisiveté ; la réduction du coït à un obstacle qu’il faut dépasser le plus vite possible pour arriver à une explosion extatique, seul vrai but de l’amour et de l’univers. » La lenteur, éd. Gallimard, 1995.
[10] – Le capitalisme cognitif, la nouvelle grande transformation, éd. Amsterdam, 2007.
[11] – Maurizio Lazzarato, Toni Negri : « Travail immatériel et subjectivité », URL : http://multitudes.samizdat.net/Trav...
[12] – On peut d’ailleurs y voir un lien avec les tempêtes climatiques proprement dites, dues elles aussi à des « dérèglements » qui provoquent des déséquilibres.
[13] – Pour la définition de ces réseaux, on pourra se reporter à l’article « Quelques précisions sur Capitalisme, capital, société capitalisée », in Temps critiques no 15, janvier 2010. 
[14] – Même si les actuelles « révolutions arabes » sont nées de l’exaspération populaire à l’encontre de la dictature, il ne faut pas sous-estimer la volonté des groupes et institutions internationaux d’établir des conditions de meilleures conditions de circulation du capital dans ces pays où la richesse était substantiellement captée par les « familles » au pouvoir. Ces États de type ploutocratique ne satisfont pas aux exigences fluidiques des réseaux dominants.
[15] – « Dans un entretien avec plusieurs journalistes, dont rend compte cette semaine le New York Times, le général Alexander [chef du Cyber Command de l’armée américaine] propose la création d’un réseau Internet distinct de celui qui existe aujourd’hui, afin de sécuriser le réseau électrique américain, considéré comme le maillon faible de la sécurité des États-Unis. Cette proposition d’une ampleur considérable, financièrement et techniquement, est lancée publiquement par le général en anticipation d’une remise à plat de tous les enjeux stratégiques liés à Internet par la Maison Blanche d’ici à janvier. » « Cyberguerre : un général veut un deuxième Internet aux États-Unis », par Pierre Haski, Rue 89, 25/09/2010.

Publié le 24 avril 2012 par Bernard Pasobrola sur La Revue des Ressources
http://www.larevuedesressources.org/critique-des-flux,2307.html

23/04/2012

VIDEO : Le plan de bataille des financiers

À quelques jours du premier tour de scrutin de la présidentielle, la question se fait de plus en plus pressante. Le monde de la finance va-t-il attaquer la France ? C'est ce que prédit Jean-Luc Mélenchon. Selon le candidat du Front de gauche, les financiers vont se débarrasser de la dette française, quel que soit le candidat élu, de droite comme de gauche. Conclusion : autant choisir celui qui leur résistera, c'est-à-dire lui-même. Dans une vidéo mise en ligne mercredi sur le site de l'émission de Daniel Mermet de France Inter, Là-bas si j'y suis, les journalistes François Ruffin et Olivier Azam accréditent l'idée d'une attaque de la finance face à laquelle François Hollande, favori des sondages, serait obligé de céder. Ils affirment avoir découvert un "véritable plan de bataille des financiers", en cas d'élection du candidat socialiste. L'objectif ultime des marchés serait de se débarrasser de notre bon vieux CDI. Rien que ça. Savamment mis en scène, le sujet exploite une note rédigée par le chef économiste de Cheuvreux, le broker du groupe Crédit agricole Corporate and Investment Bank.

Texte : LePoint.fr


Un sujet de François Ruffin, réalisé par Olivier Azam - Les Mutins de Pangée - Avril 2012 - Avec Fakir et la-bas.org. lesmutins.org 

19/04/2012

VIDEO : Teenage Riot: Athens (VOST)

PART 1 : Upon arriving in Athens we find a city whose streets are disappearing under uncollected waste. There's a sense of desperation overcoming the citizens. In the run up to a 48-hour national strike we meet teenage anarchists who are desperate for police blood, communists praying for revolution, and civil servants struggling to understand what has happened to their country.

PART 2 : The first day of the 48-hour hunger strike. A crowd of hundreds of thousands makes its way to parliament to protest the proposed austerity measures. We hear about the tactics used by the anarchists and police before seeing it for ourselves. Tear gas, flash grenades, and rocks fly as the city unites in angry disenchantment and attempts to storm parliament.

PART 3 : The Greek parliament meets to vote on proposed austerity measures while outside their society polarizes itself. All pretences of togetherness vanish as the lines between authority figures and protesters are blurred, leading to street battles and, ultimately, one man's death.

(Synopsis : vice.com)

PART1

PART2

PART3

19/04/2012

DOCU : La mort est dans le pré

"Quand on découvrira toute la vérité sur les dangers des pesticides, ce sera un scandale pire que celui du sang contaminé. Je n’ai pas de raisons de me taire." L’agriculteur qui nous parle est atteint d’un cancer à 47 ans. C’est une victime des pesticides qu’il manipule tous les jours. Des centaines d’agriculteurs sont frappés. Victimes des produits phytosanitaires que l’on croyait "anodins". Ces élèves issus de l’école agricole intensive les utilisent depuis les années cinquante sur leurs exploitations jusqu’au jour où les maux de tête, la fatigue, les comas successifs les ont conduits à l’hôpital. Diagnostics : maladie de Parkinson, leucémie, cancers,… Ce qui ressemble à une épidémie apparaît au grand jour.

Ce documentaire est une immersion auprès de ces agriculteurs atteints de maladies mortelles. Nous allons partager le destin de ces familles ébranlées, dans l’intimité de leur itinéraire médical, de leur combat pour être reconnu par la MSA, sur l’exploitation pour changer de pratiques, au tribunal aussi… Premières victimes de ce système agricole intensif, les agriculteurs en sont aussi les acteurs principaux. Remise en question de leurs pratiques, de leur héritage, du sens même donné à leur mission de "nourrir la planète", quand la maladie arrive, elle bouleverse un idéal solidement ancré. Malgré tout, la majorité d’entre eux continuent à utiliser ces produits qui les rongent à petit feu. Pourquoi ? D’autres organisent la résistance. Alerter les agriculteurs et les citoyens, entamer une procédure symbolique contre le géant des produits phytosanitaires, Monsanto : rien n’est perdu pour ces victimes qui entendent révolutionner leurs pratiques.

(Synopsis : France 2)

Réalisé par Eric Guéret

16/04/2012

DOCU : Quants: The Alchemists of Wall Street

Réalisé par la Néerlandaise Marije Meerman, Quants, les alchimistes de Wall Street plonge les spectateurs, 50 minutes durant, dans l’univers des Quants. C’est-à-dire des génies des mathématiques qui ont programmé et conçu les produits financiers ultra-complexes ayant conduit à l’effondrement partiel de Wall Street. On y entend le témoignage de leurs stars (Paul Wilmott, Emmanuel Derman ou Matthew Goldstein), lesquelles révèlent à quel point le système mondial est devenu dépendant des modèles mathématiques cherchant à quantifier le comportement économique humain. Une histoire d'avidité, de peur et d'aléatoire, vue de l'intérieur de Wall Street…
(Synopsis : ici)

Réalisé par Marije Meerman

10/04/2012

DOCU : KOYAANISQATSI

Réalisé par Godfrey Reggio avec Philip Glass au son, Ron Fricke à l'image et Francis Ford Coppola à la production, le film n'est ni une oeuvre narrative, ni documentaire. Il propose simplement des images où l’on joue sur les échelles d’espace et de temps pour montrer au spectateur le monde où il vit sous un angle différent, et l’inviter lui-même à conclure dans le sens qu’il jugera bon. On peut considérer ce film par moments comme une description enthousiaste de la technologie, parfois au contraire comme une vive critique de celle-ci. Le réalisateur admet avoir voulu montrer ce qu’il nomme la beauté de la bête1.

Une chose ne fait pas de doute à la vue du film : la technologie qui, il y a peu (du temps des Hopis, par exemple) n'était qu'utilitaire, est maintenant omniprésente et se développe selon sa logique propre. Une image impressionnante d’une ville vue du ciel à différentes échelles se termine par la photographie des circuits d’un microprocesseur; l’image est claire : la population humaine, quand elle est prise dans son ensemble, a (à peu près) autant de liberté d'action que les électrons dans un microprocesseur. Même si l’individu reste libre, son ensemble, lui, ne l’est plus totalement et n’est pas programmé pour l’être. La frénésie de l’activité urbaine (dans la très esthétique séquence The grid, tournée à l’accéléré) alterne avec une image frappante d’ennui et de vide intérieur des individus quand ils ne sont plus en train de produire (séquences passées au ralenti).

Synopsis : wikipedia

Réalisé par Godfrey Reggio

20/03/2012

DOCU : Nietzsche, Un Voyage Philosophique

"Comment la pensée la plus féconde qu'il soit a pu engendrer autant de malentendus ? Comment lire aujourd'hui celui qui déclarait qu'il ne serait lisible qu'en l'an 2000 ?"

Le film d'Alain Jaubert évoque, en douze chapitres thématiques, la vie et l'œuvre du philosophe allemand, Friedrich Nietzsche. Tout en éclairant les principaux concepts de sa pensée philosophique, il retrace l'évolution de l'auteur et analyse la récupération de son œuvre par les systèmes totalitaires du XXème siècle. Des entretiens avec les philosophes Rüdiger Safranski, Jean-Pierre Faye, Vincent Descombes, avec la philologue Barbara Cassin et les écrivains et éditeurs, Georges Liébert et Roberto Calasso, livrent les principales composantes de cette œuvre immense et alternent avec la lecture de textes et un commentaire sur des documents d'archives.

Synopsis : Film-documentaire.fr

Réalisé par Alain Jaubert









20/03/2012

VIDEO : L'île aux fleurs (1989)

L'Île aux fleurs (Ilha das Flores) est un court métrage documentaire brésilien réalisé par Jorge Furtado en 1989.

Douze minutes ; c'est le temps durant lequel nous suivons le parcours d'une tomate, depuis sa production dans la plantation de M. Suzuki, jusqu'à son point d'arrivée à la décharge publique de l'île aux Fleurs.

« L'Île aux fleurs, c’est le chaos d’un monde filmé et classé par une sorte de Facteur Cheval du documentaire qui, entre Swift et Luc Moullet, brasserait un bric-à-brac de données platement objectives sur fond d’ironie et de lucidité pessimiste – excusez le pléonasme. Bric-à-brac, voire. Car tout cela aboutit à la décharge publique sise sur l’île aux fleurs, là où les autochtones les plus pauvres fouissent les ordures après les porcs pour y trouver quelque nourriture. Rien à voir avec un pensum tiers-mondiste plein de bons sentiments. La charge est d’autant plus forte qu’elle s’inscrit dans le normal, la vérité, la logique, le cours du monde, décrit avec cet humour qui est, comme chacun sait, la politesse du désespoir. Et la dénonciation est d’autant plus efficace que l’horreur n’est pas dite mais nous saute à la gorge. ».

20/03/2012

DOCU : Surplus - Terrorized into Being Consumers

Film documentaire suédois d'Erik Gandini sorti en 2003, qui porte sur les questions du consumérisme et de la mondialisation, Surplus - Terrorized into Being Consumers traite des arguments en faveur du capitalisme et du progrès technique, comme une plus grande efficacité qui laisserait plus de temps et permettrait de moins travailler, pour au final juger que cet objectif n'est pas atteint.

Cette conclusion est atteinte à travers un tour du monde passant entre autres par un retour sur les émeutes anti-G8 de Gênes de 2001, un panorama de la situation cubaine sous Fidel Castro et un reportage dans les chantiers de démantèlement de navires d'Alang.

Un temps de parole important est également accordé au philosophe américain John Zerzan, défenseur du primitivisme. Bien que clairement favorable à l'altermondialisme, le film ne défend pas ouvertement les thèses primitivistes.

Synopsis : Wikipédia

Réalisé par Erik Gandini et Johan Söderberg

20/03/2012

VIDEO : Paroles de traders

Ils sont traders et ils vous expliquent comment ça marche.

Il y a 3 ans, Lehman Brothers faisait faillite. Trois ans plus tard, rien n’a changé dans les banques... Des traders acceptent de dénoncer les pratiques qu’ils rencontrent tous les jours dans les salles de marché. Ceux-ci témoignent bien sûr de manière anonyme…

Ci-dessous les vidéos de leurs confessions : une « bande annonce » d’une minute, l’intégrale de 9 minutes et la version intégrale coupée en trois extraits de 3 minutes.

Synopsis : Europe Écologie

19/03/2012

DOCU : Traqués... Enquête sur les marchands d'armes numériques

« Big Brother is watching you . »

1984, le roman de Georges Orwell est devenu Réalité. Où que nous nous trouvions, quoi que nous disions, quoi que nous fassions, nous laissons des traces numériques partout... Mises dans certaines mains, nos machines high-tech deviennent des bracelets électroniques qui trahissent tous nos faits et gestes. Aujourd'hui, des entreprises spécialisées sont capables de voler nos mots de passe, lire nos mails, archiver nos conversations Facebook, mais aussi de transformer à notre insu notre téléphone mobile même éteint en balise GPS ou en mouchard !


Notre jardin secret n'existe plus.

Quand il s'effectue dans un état de droit et qu'il est encadré judiciairement, cet espionnage digital peut avoir du bon. Il a déjà permis de repérer, d'identifier et de mettre hors d'état de nuire de dangereux prédateurs sexuels ou des terroristes. Mais, dans une dictature, il devient une arme redoutable contre la démocratie.
ET des dizaines d'entreprises occidentales spécialisées dans le secteur ont vendu leur technologie et leur savoir-faire à des pays peu soucieux des droits de l'homme. L'industrie du flicage numérique est l'une des plus paranoïaques qui soit. Et pour cause ! Pourtant Paul Moreira a réussi à mener une enquête inédite dans ce monde allergique aux caméras et aux interviews.

Synopsis : Canal +

Réalisé par Paul Moreira





Ou en download ICI :

http://uploaded.to/file/yieu67x9/from/wdzfmb

 
IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST