30/01/2018

DOCU : ANTIFA (2018)



"Since the election of Donald Trump, acts of racist violence have proliferated across the United States. Racists and misogynists feel emboldened to express and act on their views. White nationalist groups and resurgent traditional white supremacist groups such as the Ku Klux Klan have used Trumps victory to gain new recruits. All that stands in their way are the groups of anarchists, communists, and socialists who have taken it upon themselves to prevent fascism from becoming a powerful political force in the United States. This film tells the story of what “Antifa" is and why people are using these tactics to confront racism and fascism in the US today.

Who are the anti-fascists? What motivates them to risk their lives to fight the far right? What is the history of militant anti-fascism and why is it relevant again today? How is anti-fascism connected to a larger political vision that can stop the rise of fascism and offer us visions of a future worth fighting for? Through interviews with anti-fascist organizers, historians, and political theorists in the US and Germany, we explore the broader meaning of this political moment while taking the viewer to the scene of street battles from Washington to Berkeley and Charlottesville."

Source : https://vimeo.com/251910507



27/01/2018

Raoul Vaneigem sur le travail et sa place

« La mise au travail collective, exigée par l’agriculture et le commerce, impose à chaque être humain une redistribution de son espace et de son temps. 

C’en est fini du nomadisme et de la gratuité des jours et des nuits. Les heures consacrées aux activités de production refoulent la satisfaction des pulsions naturelles dans une sorte de parenthèse occupée par le repos réparateur et située dans une marge temporelle où la productivité ne domine pas : la nuit, la fête, les lieux secrets, l’imaginaire, le rêve. Telle est la séparation fondamentale: le travail nécessaire jette l’interdit sur les désirs, qui ne connaissent d’autre loi que leur jouissance, et les condamne à se satisfaire dans la honte de l’inutilité, dans l’occulte, à la sauvette et au revers de la vie qu’ils drainent initialement.

Avec l’intrusion du travail, le corps perd sa totalité sensuelle, il se scinde en deux principes: la tête, élément dirigeant, dont la pensée contrôle et réprime l’énergie libidinale, et le corps, élément dirigé, réduit à une musculature lucrative, à la main servile.

J’appelle “perspective inversée”, ou “perspective marchande”, l’état de choses où la jouissance est réprimée comme force hostile au travail et à sa civilisation, où la vie se racornit en survie, où les plaisirs, frappés par l’interdit, ne s’affirment jamais que déchirés en une blessure mortelle. Une civilisation où la gratuité de la vie, traitée comme un mal absolu, est refoulée dans la nuit du négatif, chargée d’angoisse et de culpabilité, et débusquée dans un défoulement où elle paie tribut à la mort.

La nécessité de sacrifier la quête de la jouissance gratuite à l’obligation sociale de travailler a imprimé, il y a quelque dix mille ans, un mouvement d’inversion globale à l’évolution de la vie humaine telle qu’elle se dégageait lentement de la nature, à la façon de l’enfant se développant dans le ventre maternel. Nous le savons d’autant mieux qu’en chaque naissance se révèle aujourd’hui à la conscience la distorsion qui s’empare identiquement de l’enfant pour l’étirer jusqu’à la mort dans une existence qui est la négation de toute existence humaine.

Aucune illusion céleste ou terrestre ne peut désormais le dissimuler: la voie artificiellement tracée à l’humanité, c’est la vie séparée de soi, devenue étrangère à elle-même et condamnée – elle qui ne peut exister quelque part sans affirmer sa volonté d’être partout – à s’objectiver dans un monde de choses jusqu’à la perfection de l’objet inerte, jusqu’au cadavre, modèle social achevé de l’homme enfin confondu avec la marchandise qu’il produit.

Comment la malédiction où le désir se punit de n’être pas rentable n’aurait-elle pas tiré de l’étrangeté où chacun devient étranger à soi-même l’image d’un Dieu de terreur et de consolation, d’un Dieu qu’il faut payer et qui paie en retour? Il n’y a pas de Dieu dont le pouvoir ne soit assis sur la négociation de la vie, sur l’inversion des plaisirs, sur l’ignoble et épuisant travail du refoulement et du défoulement. »

Raoul Vaneigem, « Le Mouvement du libre-esprit. Généralités et témoignages sur les affleurements de la vie à la surface du Moyen Âge, de la Renaissance et, incidemment, de notre époque »

Via Mona Chollet

26/01/2018

Jameson + Zizek + Hegel + Lacan : sur l'universalité

Donc Zizek cite ici Jameson puis invoque Hegel et Lacan pour parler d'universalité. Ca vient d'une conférence de juin 2015 donnée par Badiou et Zizek autour du livre de ce dernier "Moins que rien, Hegel et l'ombre du matérialisme dialectique". C'est visible ici, et en français. Notre extrait débute à 00:53:17.

« Comment les idéologues de la modernité dans son acception courante parviennent-ils alors à distinguer leur produit ­­— la révolution informatique et la modernité libérale mondialisée — de l’espèce détestable précédente, sans s’engager dans les interrogations politiques et économiques systématique sérieuses que le concept de postmodernité rend inévitables ? La réponse est simple : vous parlez de modernités « alternées » ou « alternatives ». Tout le monde connaît désormais la formule : cela signifie qu’il peut y avoir une modernité pour chacun, qui se distingue du modèle anglo-saxon hégémonique ou typique. Tout ce que vous détestez dans cette dernière (dans notre modernité du capitalisme libéral), y compris la position subalterne dans laquelle elle vous maintient, peut être gommé par l’idée « culturelle » rassurante que vous pouvez façonner différemment votre propre modernité, de sorte qu’il peut en exister une version latino-américaine, une version indienne ou africaine, et ainsi de suite. (...) Mais cela a pour but d’occulter l’autre sens fondamental de la modernité, celui du capitalisme mondial lui-même. »
Fredric Jameson, A Singular Modernity, Londres, Verso Books, 2002, p.12

Je crois que Jameson a raison ici aussi bien au niveau politique qu’au niveau conceptuel. Au niveau politique vous savez quelle est sa thèse : la modernité est un autre nom du capitalisme, aujourd’hui le processus capitaliste global. Et, l’idée c’est que l’erreur de cet historicisme nominaliste c’est de dire de  nouveau : « Mais il n’y a pas la modernité, il y a diverses modernités. Vous les européens avez la votre, mais nous, en Inde, en Amérique Latine, au Japon etc. nous allons construire une autre modernité sans vos antagonismes, sans lutte des classes, blablabla. » Cela vous indique déjà où est le problème : On ne doit jamais oublier qu’on a déjà vue dans l’Europe de la première moitié du 20ème siècle un grand essai de modernité alternative, et c’est le fascisme bien sûr. C’est exactement ca ! « Comment garder la modernisation industrielle mais en évitant tous les antagonismes qui sont projeté sur le juif, la lutte des classes, etc. » Donc je crois que c’est ça qui est erroné dans ce nominalisme de la pluralité des modernités. Ce qui disparaît, c’est le fait que, oui, au niveau des faits c’est vrai, il n’y a qu’une société moderne, paradigmatique peut-être. Il n’y a que des différentes modernités, il y a une modernité allemande, une modernité anglo-saxonne, japonaise, etc. Mais où est l’universalité ? Elle n’est pas dans un cadre général mais dans l’antagonisme du capitalisme. Voici l’idée : Toutes les modernités positives, qui existent vraiment, ne sont que des réponses pour essayer de contrôler, de pacifier, un antagonisme fondamental. Et cet antagonisme lui-même est la seule universalité. Et sans cette référence à cet antagonisme de l’universalité, on ne peut pas vraiment comprendre la pluralité des différents modes de modernité.

Je crois que c’est à cela que pense Hegel avec sa notion d’universalité concrète. Ca n’est pas que l’on a une universalité, disons La modernité qui se divise entre modernité anglo-saxonne, européenne, etc. Non. L’antagonisme n’est pas entre des modernités particulières dans le cadre d’un tout englobant, d’une modernité générale, non. L’antagonisme véritable n’est pas entre les formes particulières, mais entre le particulier et l’universelle lui-même. Chaque particularité est dans un rapport antagoniste avec sa propre universalité.

Je crois que c’est justement ce que Lacan indique. Et on peut dire la même chose du concept d’Etat par exemple. Pourquoi y a-t-il plusieurs formes d’Etat ? Parce que, comme on le sait depuis le Marxisme, l’état est un projet totalement inconsistant et antagoniste : Comment imposer une pacification du corps social mais basé précisément sur la lutte des classes. Les différentes formes d’Etat sont des tentatives de combattre, de contrôler cet antagonisme.

Hegel dit que cet antagonisme au niveau de l’Etat est irréductible, que la seule façon d’obtenir un Etat vraiment en réconciliation, c’est de sortir du domaine même de l’Etat. C’est à dire d’aller dans l’absolu, dans la communauté religieuse, etc. etc.

Slavoj Zizek

22/01/2018

Event : "Tout le monde déteste le travail" > 27/01/18 (Paris)

Par les organisateurs de la Chasse au DRH d'octobre dernier, une journée de discussion et une soirée de culture autour du Travail. Le 28 janvier 2018 de 9h à 18h à la Bourse du travail (29 bld du Temple, 75003 Paris) et de 18h30 à minuit au Clos sauvage (12 rue du Clos Bénard, 93300 Auberviliers). 

Vous trouverez toutes les infos indispensables sur le site : http://chasseauxdrh.com/
Un plus de détails chez Lundi Matin
Notamment le programme complet : https://lundi.am/IMG/pdf/flyerbleu-a4.pdf
Vous pouvez dire à Facebook que vous y serez
Et aussi regarder les teasers vidéos chez DOC Du Réel

ALLEZ-Y !

21/01/2018

DOCU : The Road to Terror - Adam Curtis - 1989



En anglais hélas, mais pour une fois qu'un docu de Curtis fait moins de 3 heures, ne vous privez pas!

"In The Road to Terror, revolutionaries tell how their dream descended into a nightmare of terror and execution. They speak as exiles in Paris, a city that is preparing to celebrate the glories of the first mass revolution of 1978. Behind its strange images, the struggle for power in the Iranian revolution has followed a pattern uncannily similar to many of the great revolutions of the past: just as 200 years ago in France, the Iranian revolution has gone down the old road from liberation to repression, the road to terror."

Film Editor GRAHAM SHIPMAN Executive producer PAUL HAMANN Producer ADAM CURTIS



20/01/2018

"Every rise of Fascism bears witness to a failed revolution"

Slavoj Zizek dans toute sa splendeur, assisté de Walter Benjamin :

"What phenomena like Taliban demonstrate is that Walter Benjamin’s old thesis “every rise of Fascism bears witness to a failed revolution” not only still holds today, but is perhaps more pertinent than ever. Liberals like to point out similarities between Left and Right “extremisms”: Hitler’s terror and camps imitated Bolshevik terror, the Leninist party is today alive in al Qaida – yes, but what does all this mean? It can also be read as an indication of how Fascism literally replaces (takes the place of) the Leftist revolution: its rise is the Left’s failure, but simultaneously a proof that there was a revolutionary potential, dissatisfaction, which the Left was not able to mobilize. And does the same not hold for today’s so-called (by some people) “Islamo-Fascism”? Is the rise of radical Islamism not exactly correlative to the disappearance of the secular Left in Muslim countries? Today, when Afghanistan is portrayed as the utmost Islamic fundamentalist country, who still remembers that, 30 years ago, it was a country with strong secular tradition, up to a powerful Communist party which took power there independently of the Soviet Union? Where did this secular tradition disappear? In Europe, exactly the same goes for Bosnia: back in the 1970s and 1980s, Bosnia and Herzegovina was (multi)culturally the most interesting and alive of all Yugoslav republics, with an internationally-recognized cinema school and a unique style of rock music; in today’s Bosnia, there are effectively strong fundamentalist forces (like the Muslim fundamentalist crowd which brutally attacked the gay parade in Sarajevo in September 2008). The main reason of this regression is the desperate situation of Muslim Bosnians in the 1992-1995 war, when they were basically abandoned by the Western powers to the Serb guns. And, as Thomas Frank has shown, the same goes for Kansas, the US homegrown version of Afghanistan: the very state which was till the 1970s the bedrock of radical Leftist populism, is today the bedrock of Christian fundamentalism – does this not confirm again Benjamin’s thesis that every Fascism is an index of a failed revolution?"

Slavoj Zizek

Source : http://myheartwillgoonandsoonandsoon.blogspot.be/2016/03/walter-benjamins-old-thesis-every-rise.html

Source vidéo : What does it mean to be a revolutionary today (2009) 

 
IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST