21/05/2018

DOCU : SPIN (1995)

Spin est un documentaire réalisé par Brian Springer et sorti en 1995. Il est composé d'images satellites brutes dans lesquelles figurent des politiciens en pleine apparitions télévisées, ou dans les coulisses de celles-ci. Nous naviguons ici dans les images coupées au montage.

A travers ces morceaux off, Springer révèle les petits arrangements des politiciens et des diffuseurs ou des intervieweurs, dans les coulisses de ces étranges mises en scène "démocratiques". Avec les émeutes de Los Angeles, les manifestations de la frange la plus radicale du parti républicain, et les élections présidentielle de 1992 en ligne de mire, Spinger n'oublie pas de revenir sur le cas de Larry Agran, un candidat malheureux à la primaire démocrate, sciemment ignoré par la presse.

Dans sa critique du New York Times, Stephen Holden qualifie le film de "devastating critique of television's profound manipulativeness in the way it packages the news and politics".
Je suis d'accord, c'est un portrait au lance flamme d'une réalité construite par et pour le média télévisuelle.

P.

18/05/2018

ZIZEK : Step back and interpret the world better

Un bref extrait d'une interview de Slavoj Zizek donnée en Allemagne  en avril dernier. Ceux qui le connaissent savent que le thème qu'il aborde ici lui est cher, c'est celui de la nécessaire prise de recul et de l'interprétation de la situation et du monde.
L'extrait commence à 27:50. Je vous mets la vidéo en dessous. 

Hegel was, and I know it sounds crazy, more materialist than Marx. With Marx, we still have this basic trust into the future, a certain evolutionary progressism, even if it’s not automatic, determinist, but “the present situation opens up hope for a communist future” and so and so on. Hegel was much more open and pessimist if you want.
Look, you know when Hegel says in Grundlinien der Philosophie des Rechts that the Owl of Minerva, wisdom or philosophy, comes only in the evening, and can only explain conceptually social situation and order which are already disappearing. We cannot predict the future. The situation is much more radically open for Hegel. Marx was here the determinist I claim. We have to get rid of this last remainder of evolutionary determinism in Marx. And also, second thing, I give you a radical provocation here, which raises the hair of many orthodox Marxists. You know, perhaps the best known phrase of Marx is the 11th thesis :
The philosophers have only interpreted the world, in various ways. The point, however, is to change it.
But isn’t it that the lesson of the 20th century is maybe the opposite one :
We tried to change the world too fast, without knowing what we are doing, and we ended up with Stalinism and so on. 
So that maybe our 11th thesis today should rather be :
We should not just try to change the world, we should step back and interpret it better.

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17/05/2018

Badiou : Pour une « convergence » dotée d'un contenu

Depuis quelques longues semaines, divers mouvements, accompagnés d'occupations et de blocages, animent le monde étudiant, cependant que des grèves tenaces paralysent en partie le secteur des transports. Tout cela est à vrai dire au relais dans notre pays de mouvements antérieurs, avec occupations de places, qui ont eu lieu dans les dernières années, et qui mettaient en cause la « loi travail ». Mais tout cela peut aussi s'inscrire, à échelle historique, dans ce qu'a ouvert le« printemps arabe», lequel vit en particuliers des saisies populaires de lieux publics aussi massives que durables.

Force est de constater que pour le moment, aucun de ces mouvements n'a entraîné de modification positive de la situation, pas même de la situation subjective, plutôt marquée, un peu partout, par de sensibles progrès des fascismes identitaires, qu'ils soient nationalistes, religieux, ou les deux en même temps. Le plus fort mouvement de tous, la mobilisation égyptienne, n'a produit que le retour au pouvoir des militaires sous une forme encore plus agressive. Les occupations de place en Turquie ont consolidé la mainmise d' Erdogan sur le pays. Mais on peut aussi voir ici même qu'après Nuit debout et la loi travail, la France a hérité du gouvernement stipendié et ouvertement antipopulaire de Macron.

L'analyse générale de toutes ces « mobilisations » met très vite en évidence la faiblesse de leur unité apparente, ct leur absence de mots d'ordre positifs. «Moubarak dégage» peut rassembler des foules, mais qui ne sont nullement d'accord sur la force politique qui doit remplacer Moubarak. « Faire la tète à Macron » ne dit rien de ce qu'un nouveau pouvoir devrait faire dans les conditions du moment.

On parle de « convergence des luttes ». Mais sur quoi convergent-elles ? L'hostilité aux réformes menées au pas de charge par le gouvernement Macron désigne bien un adversaire commun, mais aucunement une conviction affirmative commune. Et mettre à l'ordre du jour cette difficulté diviserait aussitôt le mouvement, chose considérée – à mon avis à tort – comme dangereuse. Le résultat est que la seule idée avancée pour que les luttes convergent est... le mot d'ordre purement tactique, et en réalité vide, de « convergence des luttes ». Cette tautologie est forcément inactive.

Je voudrais ici contribuer à la recherche d'un point d’unité plus réel, d'un mot d'ordre en prise sur la situation, qui sans doute introduirait une division politique dans les mouvements dispersés actuels, mais produirait un corps de combat autrement actif et durable.

Un mot d'ordre unificateur doit proposer un contenu positif effectivement commun aux forces qu'il s'agit d'unifier. Or, qu'y a-t-il de commun entre le mouvement étudiant, la grève à la SNCF, et les mouvements divers dans les institutions du service public, comme les hôpitaux ou la poste? Le point commun est que tous sont affectés par les projets, en cours de réalisation ou à venir, de privatisation générale de tout le domaine qui relève encore de l'espace public. Certes, ces projets et réalisations ne datent pas d'aujourd'hui, et la gauche comme la droite y ont, dès 1983, activement participé. Mais aujourd'hui, la généralisation de tout cela est le coeur de l'action de Macron. Les étudiants peuvent voir que l'installation d'une sélection à l'entrée des Universités est la porte d'entrée pour un système inégalitaire d'universités privées; les cheminots peuvent voir que sous couvert d'ouverture à la concurrence, on prépare dans l'ombre et le mensonge un dépeçage de la SNCF au profit de compagnies privées; les employés des hôpitaux publics peuvent voir qu'après la privatisation des services annexes ct l'installation de cliniques privées dans les hôpitaux publics, la privatisation de l'ensemble hospitalier est à l'ordre du jour. Les postiers peuvent envisager qu'après la privatisation du téléphone et compte tenu de la puissance privée des compagnies qui régentent Internet, on brade le courrier ordinaire en en faisant comme ailleurs une annexe des supermarchés ou des épiceries. Et tout le reste à l'avenant.

Le mot d'ordre unificateur qui s'impose est: Non aux privatisations, quelles qu'elles soient. Non seulement à celles que veut Macron, mais à celles qui se sont constamment suivies depuis les années quatre-vingt, ct qui ont préparé le démantèlement de tout ce qui se présente comme un service public.

On dira que ce mot d'ordre est lui aussi négatif. Mais ce n'est qu'une apparence: il ouvre aussitôt à la question de savoir ce qui va venir à la place des services privatisés, et quelle sera la doctrine générale qui gouvernera ce changement. Le mot de « nationalisation » est à cet égard étroit et inopportun. La « nation » n'a rien à voir dans cette affaire. C'est la dimension collective de l'appropriation qui compte, au regard de l'appropriation privée. La formule positive du mot d'ordre pourrait être : Appropriation collective et désintéressée de tout ce qui relève du bien public. Prioritairement : enseignement, santé, transports autres que familiaux, ports, aéroports, autoroutes, routes et chemins, énergie et eau potable.

Rappelons au passage que Marx, dans la définition très précise qu'il donne du communiste, ce qui veut dire du militant au service du bien public, lui attribue trois capacités quand il participe à un mouvement contre « l'ordre politique et social existant» : il veille à ce qu'aucun intérêt strictement national et chauvin ne vienne dominer la destination universelle de l'action (internationalisme); il prend soin de l'ensemble du mouvement ct des étapes à venir, et non pas seulement des buts tactiques immédiats (vision stratégique) ; et il situe l'action au regard de la question fondamentale de la propriété. Marx ajoute que ceci doit être fait « quel que soit le degré auquel est parvenu cette question » (communisme réel).

Aujourd'hui, pour nous, le « degré » en question est fixé par la vague continue de privatisations. C'est avec ce critère en tête que, dans tous les mouvements actuels, nous devons agir et faire des propositions.
Ma proposition est la suivante: Nous connaissons l'existence historique d'un « Ministère de l'économie, des finances et de la privatisation ». Nous savons aussi qu'existe un « comité de privatisation », défini comme l'organe technique qui assiste le Gouvernement « dans l'élaboration, la mise en oeuvre et le suivi de la politique des entreprises publiques ». Il est tout de même frappant que les « penseurs » de la politique des entreprises publiques soient réunis dans un « comité de privatisation » !
Je propose qu'une manifestation, faisant converger tous ceux qui, dans tous les secteurs concernés, ont des raisons fortes de s'opposer aux privatisations, se dirige vers le ministère des finances et y proclame ses impératifs :

  •  La disparition générale, dans tout ce qui concerne la « politique des entreprises publiques », du mot « privatisation », la dissolution de tout organisme afférent, et l'arrêt immédiat de tous les projets relevant d 'une privatisation.
  •  Le réexamen de toutes les « privatisations » opérées depuis la deuxième moitié des années quatre-vingt.
  •  La création d'un comité de vigilance sur cette question, travaillant notamment sur les diverses formes possibles de l'appropriation collective.

Je suggère, au cas où vous approuveriez ce texte, au moins dans ses grandes lignes, que vous le diffusiez, lui ou toute variante conforme à vos appréciations, en tous lieux et mouvements qui vous paraissent concernés par le mot d'ordre « à bas les privatisations ».

Merci en tout cas de votre attention.

ALAIN BADIOU



13/05/2018

Brève analyse sur la "Disruption"

J'ai écrit une petite analyse de rageux parce que je travaille malheureusement dans un milieu où j'ai été amené à croiser ce terme bien plus que je ne l'aurais souhaité. 

P.


Je crois que les gens qui emploient le mot disruption à outrance aujourd’hui son encore pire que sa signification. Pourquoi ? Parce qu’ils s’empressent d’utiliser un terme désormais chargé idéologiquement, en pensant avoir appris un nouveau mot et sans se soucier du fait qu’en fonction du champ de définition choisi, il désigne :

1. (Général) Une cassure ou un arrêt
2. (Physique) L’apparition brutale d'une instabilité magnétique
3. (Psychologie) L’accélération de la société générant une perte de repères chez l’individu

C’est ce troisième champ qui m’intéresse parce que nous sommes ici face à un cas classique d’appropriation et de retournement sémantique tout à fait symptomatique de la période. Vous connaissez forcément « la guerre c’est la paix » issue du 1984 de George Orwell, mais il faut reconnaître que ce genre de non-sens est aussi un dispositif classique de l’idéologie néolibérale qui impose la définition marketing dans le champ médiatique :

4. (Marketing) Stratégie d’innovation par la remise en question des formes généralement pratiquées sur un marché, pour accoucher d’une « vision », créatrice de produits ou de services radicalement innovants.

Une définition disant strictement l’inverse d’une cassure brutale créant une instabilité et une perte de repères, et qui pourtant, se voit reprise par des tarés s’imaginant que seul ce secteur de la société est à même de donner Son sens au mot puisqu’après tout, c’est déjà ce secteur qui donne sens à nos vies. Fière de leur « nouveauté », ils oublient qu’un système est en soi tout sauf disruptif et que cette définition est en fait celle du late-capitalism lui même :

5. (En réalité) Il n’innove pas et se contente de cannibaliser des zones restées hors du marché. Il impose Sa vision, destructrice de tout sauf des produits inutiles dont il renouvelle les gammes chaque année dans l’espoir de feindre la nouveauté.

Voilà comment persuader une génération d’entrepreneurs qu’ils sont tout autre chose que leurs pairs, alors qu’ils copient leurs gestes, toujours plus frénétiquement, dans un cycle de création, exploitation, financiarisation, sans cesse renouvelé.

30/04/2018

DOCU : DEMAIN S'ENTÊTE sur la ZAD de NDDL

Ce film a été réalisé entre juillet 2017 et avril 2018 par des habitant.e.s de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, soit avant les derniers assaults de l'Etat débutés le 9 avril 2018.

Le Groupe de Recherches Ouvertes & d'Initiatives Multiples (G.R.O.I.X), qui est à l'initiative de ce projet ou en tous cas de sa diffusion, fait un gros boulot documentaire sur toute la France et depuis plusieurs années maintenant. Je vous invite à faire un tour sur leur chaine Youtube et sur leur blog.


14/04/2018

DOCU : Le fond de l'air est bleu

Le fond de l’air est bleu (70mn) témoigne de la situation policière en France, en particulier depuis l’institution d’un état d’urgence qui se prolonge. Depuis la colère des policiers jusqu’à celle des victimes de leur violence, en passant par la parole des militant-e-s et des habitant-e-s des quartiers populaires, chacun-e exprime ici un moment du malaise face à l’ordre et son maintien.



 
IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST