07/08/2016

"We didn’t think we were going to win”

Cet article de Buzzfeed (#cliquez-ici) reprend des pans entiers de la vie de Donald J. Trump et les met en perspective après sa récente victoire à l'investiture républicaine. Lisez le. 

Pour les flemmards, je vous fais une version condensée pour arriver aux dernières informations sur ses soi disant "coups de génie" électoraux. 

Précédemment dans Les aventures de Donald  :

Jeune ado bien loti entre Brooklyn et le Queens, Donald convoite déjà l'autre rive de l'East River. Fraichement débarqué à l'université de Pennsylvanie pour y étudier à la Wharton School of Finance, une prestigieuse école de commerce, il affirme déjà vouloir devenir le roi de l'immobilier sur l'île légendaire, le joyaux de New York, Manhattan. Ce qu'il essaie de faire dès l'obtention de son diplôme, contre l'avis de son père. 

Seulement l'île est squattée par des financiers issues d'un milieu bien plus aisé que le sien voyant d'un mauvais oeil ce beauf se lancer à la conquête de leur habitat naturel. Dans les hautes sphères, financières et politiques, personne ne respect Donald, mais en faisant du bruit et en envoyant lui même aux médias des informations croustillantes sur sa vie sexuelle, Donald parvient à être connu, ce qui en soi est déjà pas mal. 


Pauvre Donald qui essaie 
malgré tout de parler politique et de maintenir le suspens sur une possible carrière tantôt chez les républicains, tantôt chez les démocrates, tantôt pour être maire, tantôt aspirant gouverneur. Il pissait en fait dans un violon. La presse people lui réussissait bien mieux. Il est d'ailleurs déjà à cette époque la tête de turc des satires américains, particulièrement de magazine Spy.

Puis arrive Obama et son histoire familiale alambiquée. Donald veut voir son certificat de naissance, mais Barack fait durer le suspens, assez pour que Donald se ridiculise encore d'avantage aux yeux de la classe politique, mais pas des américains les plus tarés... Il avait été jusqu'à commander des sondages à une grande maison spécialisée dans l'électorat de droite, dans l'Iowa et dans le New Hampshire. Donald voulait savoir s'il avait ses chances au vu de la déferlante du Tea Party qui semblait arriver à son apogée. Pas du tout. Mais cela avait fini par se savoir et faire rire, et du même coup, l'avait contraint à faire semblant d'être en lice, pour garder la face.


Cette sombre histoire de certif. aura un épilogue presque sanglant le 27 avril 2011 quand Donald pénétra, avec la fière allure qu'on lui connait et son mannequin de femme sous le bras, aux White House Correspondents' Dinner. Le président des Etats-Unis avait ouvert les hostilités, suivi par Seth Meyers. Donald s'était fait clashé, à répétition, tout entier, sous les fous rires et les applaudissements. Ses business, ses goûts, ses cheveux, ses aspirations, son intelligence, tout avait été ridiculisé.     


Quelques semaines plus tard Donald jetait l'éponge. Mais sa présence dans les médias ne diminuait pas pour autant. Il restait un commentateur sollicité de l'actualité, Fox News oblige. Au point que les candidats républicains durent plus ou moins passer dans son bureau pour s'y faire adouber. Aucun n'avait apprécié car aucun ne le respectait. Mitt Romney, le sélectionné, avait détesté le soutien que Donald lui avait apporté en direct de son hôtel de Las Vegas. Mitt est mormon et patron d'un fond d'investissement, pas exactement le même monde. 


En 2014 intervient un évènement de très mauvais augure. Un journaliste de Buzzfeed, McKay Coppins, celui là même qui relate la trajectoire de Trump que je vous résume ici, passait par hasard quelques jours dans la résidence Trump de Palm Beach, temple du kitch. Le fruit de cette rencontre était un article des plus infamant à l'encontre de Donald, et un défi : 

"If history is any judge, Trump is about as likely to run for president in his lifetime as he is to accept follicular defeat." 
Début 2015, Donald assemble ses troupes et demande la préparation d'une campagne électorale. Il souhaite se présenter avant l'été pour occuper l'espace médiatique et rehausser les montants de ses contrats télé pour l'automne. Pour l'un de ses proches associés, c'était très clair : 
“You have to understand, we didn’t think we were going to win.” 
Il fallait tout de même paraitre crédible et pour ce faire, rien de tel qu'une bonne collecte de pognon. Seulement lorsqu'il essaie de recruter l'un des meilleurs dans ce domaine, Spencer Zwick, ancien allié de Romney, celui-ci décide de ne pas refuser catégoriquement et préfère orienter Donald vers une campagne qui saurait se passer de ses services. “I don’t know why you’re raising money at all” lui avait-il dit, lui suggérant de se positionner comme le candidat anti-establishment, au dessus du fric qui corrompt la politique.“That’s a great idea!” s'emportait déjà Donald. Et un de ses assistant d'assurer : 
The truth is, he would have raised money if he could have … Donald never had any intention of self-financing.”
Avec ça, Donald monte dans les sondages et pense que cela et sa fortune personnelle suffiront à obtenir les deniers nécessaires, auprès des milliardaires américains cela va s'en dire, pour mener la suite de la campagne. Mais à ce moment là, les mêmes qui lui avaient toujours refusé le respect, les politiciens de droite comme le "top 1%" s'amusaient encore de Donald qui n'était alors pas encore officiellement candidat. Les médias rigolaient aussi et doutaient qu'il se présente. En parlant d'un article contre lui dans le New York Post, il demandait à un de ses assistant :
“Why don’t they respect me, Sam?” 
Nous sommes en juin 2015 et Donald doute, mais la conférence de presse est déjà organisée, ses assistants ont promis une annonce importante. Pour qu'il se ressaisisse, un assistant se souvient lui avoir dit ceci : 
“I don’t know what’s going to happen in this election,” (...) “But no matter what, they’re gonna write about it a hundred years from now. And they’re never gonna be able to say you didn’t run.”
C'en était assez pour convaincre Donald. Il répétait ces mots à qui voulait les entendre : 
They’re never gonna say I didn’t run.” Le 16 juin 2016, descendu d'un escalator doré, il annonçait sa candidature et commençait à insulter les mexicains. 



Voilà comment Donald a fini par se présenter aux élections présidentielles américaines. On sait ce qu'il en a fait depuis, mais il faut voir l'ampleur du malentendu qui semble d'une manière ou d'une autre au coeur de la situation actuelle. En résumé :

  • Donald veut plus, mais c'est un gros beauf et dans la haute on ne l'aime pas. Passé une certaine quantité d'argent ou de pouvoir politique, on ne le respecte plus. Il s'enrichit mais reste exclu du sommet de la pyramide. Il convoite la politique et sous-entend dès que possible qu'il en sera bientôt.
  • Il gagne en popularité chez les tarés, grâce au certificat de naissance d'Obama, et est semi candidat une première fois en 2011. Il parvient à faire parler de lui, mais tout le monde en profite pour se foutre de lui, surtout l'élite, notamment le président. Il se retire. 
  • Un journaliste l'enterre et parie qu'il ne sera jamais vraiment candidat à l'élection présidentielle.  
  • 2015, toujours en manque de reconnaissance sociale et de respect de la part de l'oligarchie américaine, il songe à être candidat, par orgueil, pour clouer le bec de certains journalistes. Il pense également pouvoir en profiter pour booster ses audiences, forcement.
  • Un génie du financement de campagne électorale lui suggère de jouer le chevalier blanc, l'incorruptible. Il doute, mais poussé par l'orgueil, il devient candidat et écrase tous ces petits politiciens qui s'étaient foutu de lui. Il en profite pour donner tort aux médias. 
  • "Sa" stratégie d'outsider fonctionne. Il devient réellement virulent contre les castes qui s'étaient toujours dressées devant lui et qui lui avaient toujours refusé le respect. Il lamine la course à l'investiture, mais on rit toujours de lui, toujours plus fort, comme au White House Correspondents' Dinner du mois d'avril 2016, ici et .


Rien d'autre que son égo et son orgueil ne motive cet homme, rien. Il n'a jamais voulu être président, il voulait simplement qu'on le respecte. Le simple fait que cela puisse arriver est effarant. Et pourtant le voilà candidat républicain. Il y a une chose de terrible dont je viens de prendre conscience : c'est le dépit qui l'a nourrit. Et quand on voit la joie d'Obama d'en placer une bonne sur Donald... ça fait froid dans le dos. Je ne croyait déjà plus aux démocraties de marché et à leurs élections mais il faut avouer que ça a de la gueule comme ça, vu de loin. Peut importe le système ou la société, d'autres Trump arriveront, et avec eux espérons le, d'autres stratégies pour les contenir que du gros foutage de gueules.   



L'article original en anglais est ici. Super long, mais vraiment intéressant, bien écrit. Y a un podcast avec l'auteur aussi. 
https://www.buzzfeed.com/mckaycoppins/how-the-haters-made-trump?utm_term=.olVQzmPO6#.nqOlrZpMm

 
IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST