21/04/2011

Denis Robert : Au sommet de l’État comme au sommet de l’Etna

Dans leur ensemble, je crois que les politiques font ce qu’ils peuvent. Ouvrir des médiathèques, créer des lignes de trams, sauver des hôpitaux, envoyer des soldats à la guerre. Mais ils ne peuvent visiblement rien contre les bénéfices de Total et de BNP Paribas. Alors qu’ils pourraient tout.  

Les politiques ont-ils perdu le sens moral ? Je tourne la question dans ma tête et rien ne sort. Oui, non. Je ne sais pas. Disons que je suis partagé. Oui, non, bof. Je crois que j’ai fini par amnésier la question.

Un passage à vide comme parfois en philo quand j’oubliais les sujets qui m’ennuyaient. L’homme est-il bon ? Quelles sont les preuves de l’existence de Dieu ? Est-on naturellement doué pour le bonheur ?

Je suis allé voter en pensant à cette question. J’avais en face de moi un paquet de citoyens très dévoués, faisant don de leur dimanche pour organiser ces cantonales, élection mineure pour population sans repères. Quelle abnégation, j’ai pensé.

Les conseillers municipaux, dans leur grande majorité, ont le sens de la collectivité et du don de soi. Les vieux écologistes aussi, ceux qui nous préviennent depuis plus de trente ans que le nucléaire mène l’humanité à une impasse.

L’apocalypse de saint Jean est pour demain. Le feu viendra de la mer. On s’est tellement moqué d’eux. Ils avaient tellement raison. Les hommes politiques ont-ils le moral ? Oui, non, je m’en fous.

Les Français ont-ils le moral ? Ceux que je connais, plutôt non. La faute au prix du gaz, du litre d’essence, aux varices, au cancer. À ceux qui tiennent les manettes du pays. La faute à l’équipe de France de foot et à leur maillot de marin tendance Fassbinder. La faute à la mondialisation.

La faute à TF1, à M6, à Carla Bruni et à Vincent Bolloré. La faute à Internet. La faute au Japon et à Mouammar Kadhafi. La faute aux Africains qui débarquent en masse de Lampedusa. La faute aux musulmans et aux banquiers.

Les hommes politiques sont-ils bons ? Dans leur ensemble, je crois qu’ils font ce qu’ils peuvent. Et ils peuvent peu. Ils peuvent ouvrir des médiathèques, créer des lignes de trams, des bibliothèques dans des lycées. Ils peuvent sauver des hôpitaux, envoyer des soldats à la guerre. Mais ils ne peuvent visiblement rien contre les bénéfices de Total et de BNP Paribas. Alors qu’ils pourraient tout.

Quelle était la question ? C’était à propos des hommes politiques. Dire ce que je pense de leur sens moral. Ils manquent d’humilité. Ils manquent d’idée pour l’avenir. Ils man­quent de conviction, de spontanéité. Ils pensent trop à leur élection, à leur voiture de fonction et à leur rente de situation. Ils manquent surtout d’humilité. Je n’aime pas Éric Besson. J’aime encore moins et depuis longtemps Jean-François Copé. Je n’aime pas Roselyne Bachelot. Je préfère Fillon à Sarkozy.

Au fond, je m’en fous. Je préfère Jean-Luc Mélenchon à François Hollande, Cécile Duflot à Martine Aubry. Je préfère Borloo à Morin. Au fond, Borloo, Morin, Bachelot, je m’en fous.

Je parle. Je parle. Je donne mon avis. Ne croyez pas que je balance ces avis à l’emporte-pièce. J’ai bien connu Gérard Longuet. Je sais de quoi il est capable. Vincent Peillon aussi mais pas pour les mêmes raisons.
J’ai très bien connu la maquilleuse de Dominique de Villepin au procès de l’an passé. Je réfléchis. J’ai failli moi-même me lancer dans le grand bain le jour où j’ai compris qu’ils ne pourraient rien pour les causes que je défends. La justice. La finance clean. Le journalisme.

Les conseillers généraux ne servent à rien dans ce monde de plus en plus petit et interconnecté. Les sénateurs, c’est encore pire. Ils sont des gouffres financiers. Il faut les sulfater. Plus de sénateurs, plus de ces prélats suffisants.

Plus d’avion présidentiel. Notre démocratie vit au-dessus de ses moyens. Les Français, ceux de ma rue, de la Courneuve, des files d’attente de Cora ou de Pôle emploi, valent mieux que leur classe politique. Absence de classe. Goût du luxe. Arrogance. Aveuglement. Enfermement.

Quelle était la question ? Comment un pays aussi riche que le nôtre peut-il produire tant de pauvreté ? Le réel nous rattra­pe. La colère gronde. L’injustice devient tellement visible.

Les hommes politi­ques, ceux du sommet de l’Etna, ont-ils perdu leurs lunettes ? Le volcan s’impa­tiente. En l’absence de réponse rapide et satisfaisante, le mouvement de libération va traverser la Méditerranée et gagner l’Occident. Question de timing. 

Publié le 18 avril 2011 par Denis Robert sur Témoignage Chrétien
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IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST