07/01/2011

L'achèvement du Capitalisme

Le capitalisme qui s’est imposé à la société par la prise de pouvoir de la bourgeoisie, est un système construit sur la propriété privée des moyens de production, l’esclavage salarial et le profit tiré de la plus-value du travail, de la concurrence, de l’accumulation du capital, des marchés boursiers et de la spéculation financière... 
 L’usurpation des richesses par un petit groupe dominant la société provient donc, au départ, de l’appropriation de la force de travail et du vol d’une partie du temps de travail, la plus-value, qui n’est pas payée par les propriétaires de la production.
« Tandis que le travail aliéné arrache à l’homme l’objet de sa production, il lui arrache sa vie ». Karl Marx, Manuscrits de 1844.
L’esclavage salarial transforme la libre activité productive et créative de l’homme en travail aliéné forcé, imposé aux producteurs afin qu’ils puissent survivre avec le minimum de moyens d’existence, toujours insuffisant.
« Le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est à dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. » Karl Marx, Manuscrits de 1844.

Sous les pressions autoritaires des usurpateurs de la plus-value, le salaire fait de l’activité humaine une marchandise profitable, le travail devenant de l’argent, et l’argent la seule valeur d’échange, le seul lien social entre individus, la seule logique du système.
« Une conséquence immédiate du fait que l’homme est rendu étranger au produit de son travail : l’homme est rendu étranger à l’homme. » Karl Marx, Le Capital
Quand l’homme est séparé de sa propre production, il en est dessaisi, son activité ne lui appartient plus. Son rapport aux autres lui échappe et il se retrouve étranger parmi les siens. Extérieur à son propre monde, celui-ci peut alors être représenté comme une immense accumulation de marchandises mises en spectacle. Ce système d’exploitation des populations est légitimé comme étant incontournable, et justifié par des théories économiques abstraites, démontré mathématiquement sous un label de vérité à prétention scientifique, qui n’est autre que l’idéologie de la classe dominante, sa technique de conditionnement, sa propagande d’asservissement.

Le capitalisme actuel fonctionne sur les mêmes bases qu’à l’époque de Marx, mais il a considérablement évolué depuis 40 ans. À partir de cette période, afin de diviser le mouvement ouvrier pour mieux régner, l’entreprise traditionnelle, unitaire et hiérarchisée, se disloque en centres de profits décentralisés ou indépendants. Dans les années 70, le taux de profit baissa, mais fut très vite compensé par un renforcement de l’exploitation de la force de travail au moyen de la flexibilité, du chômage et de la précarité. L’indexation des revenus salariaux, l’échelle mobile des salaires et le pouvoir d’achat, qui protégeaient la population des effets de la hausse des prix, ont été progressivement éliminés, ainsi tombe le dernier obstacle à la captation des profits de la croissance par la finance.
« La dictature du profit a automatisé le travail non pour en affranchir ses esclaves mais pour accroître le capital affecté à la spéculation boursière. » Raoul Vaneigem, Modestes propositions aux grévistes, 2004.

En remettant en cause le compromis social d’après guerre, les financiers font dériver vers eux les gains de productivité, soit plus de 75% en 30 ans, ainsi que les bénéfices de la croissance et des progrès technologiques. Payer moins cher les producteurs en améliorant la productivité est le meilleur moyen d’augmenter la plus-value qu’on peut tirer du travail. Les firmes sont alors allées produire là où la main-d’œuvre est la moins chère. Elles ont délocalisé à tout va, pour augmenter leurs profits afin de répondre aux exigences des actionnaires qui en demandaient toujours plus. Le rendement des capitaux (ROE), imposé aux entreprises comme une norme par les pouvoirs financiers, tourne autour de 15 à 25%, il a été multiplié par trois en 30 ans et augmente d’année en année.
« Le capital est du travail mort, qui ne s’anime qu’en suçant tel un vampire du travail vivant, et qui est d’autant plus vivant qu’il en suce davantage. » Karl Marx, Le Capital
L’énormité des plus-values ainsi réalisées, s’ajoutant aux sommes fabuleuses réalisées grâce aux spéculations sur les énergies et les matières premières, a gonflé la masse globale d’argent bien au delà des possibilités d’achat. Les bénéfices accumulés par la haute bourgeoisie ont dépassé dans des proportions démesurées les limites réelles de l’économie. Même en achetant tout ce qui se trouvait sur le marché mondialisé, il y en avait trop. Il fallait utiliser ces gigantesques richesses usurpées aux populations, en dehors de l’économie réelle. C’est alors que les trafics financiers se sont effectivement emballés.
« Tout capital semble doubler et parfois tripler du seul fait que lui-même ou des créances passent de main en main en revêtant des formes différentes. La plus grande partie de ce capital est purement fictive. »  Karl Marx, Le Capital

Les trafics financiers se sont très vite développés à la fin du siècle grâce à l’informatisation des transactions et à la multiplication des paradis judiciaires et fiscaux, s’accaparant au passage les plus-values de la production par le financement des regroupements d’entreprises et des investissements liés à une concurrence effrénée dans une mondialisation galopante.
« Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains (...) Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée ». Albert Einstein, Pourquoi le socialisme ? 1949.
À la fin des années 80, les financiers ont déjà gagné. Ils sont devenus les maîtres de l’économie. Les marchés financiers ont alors imposé leur position centrale et dominante à un capitalisme en mutation accélérée. Le capital a concentré sa puissance face au travail, ce qui a permis à la haute bourgeoisie de s’enrichir beaucoup plus vite. Dans le même temps, la classe des producteurs s’est réellement appauvrie et cela continue.
« L’accumulation de richesse à un pôle signifie donc en même temps à l’autre pôle une accumulation de misère, de torture à la tâche, d’esclavage, d’ignorance, de brutalité et de dégradation morale ».  Karl Marx, Le Capital
Les exigences exubérantes de profit à court terme pillent l’économie, bloquent les salaires, la consommation, les investissements et la croissance, avec une augmentation sans fin du chômage...
« La différence entre les nantis et les plus défavorisés sera de plus en plus grande.» «Le travail de 20 % de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. La population restante s’avérera superflue. » Rapport de la Fondation Rockefeller, mai 2010.

Avec la mondialisation croissante, l’argent doit circuler entre des places financières aux diverses juridictions, des pays aux coutumes méconnues, des situations imprévues, dans l’incertitude et l’insécurité. Dans les affaires, la confiance indispensable est alors en crise. Comme les échanges informatisés s’effectuent à la vitesse de la lumière, les investisseurs paniqués sont forcés de s’assurer. Plus les échanges croissent, plus les besoins financiers pour couvrir leurs risques se développent et se complexifient, plus il faut trouver des spéculateurs qui vendent de la sécurité en achetant ces risques. Devenus indispensables, les spéculateurs peuvent faire monter les enchères et ne s’en privent pas. La gestion du risque, plus lucrative que le capital industriel, est devenue, en quelques années une des première source de profit de la planète. 

Les plans de réglementation, lancés comme des campagnes publicitaires, ne sont que des boniments balancés pour amadouer le spectateur. Le contrôle demeure absent et les roues de la fortune tournent à plein régime tout en restant invisibles.
On achète ce que l’on n’a pas et l’on vend ce que l’on pourrait détenir, la réalité se confond avec un futur virtuel. Les opérations se déroulent directement entre intervenants, sans connaissance par qui que ce soit des positions et de la solvabilité de chacun. La traçabilité est impossible et personne ne sait exactement de quoi on parle. Le risque global n’est ni mesurable ni contrôlable. Des actifs sont contaminés jour après jour par les défauts de paiement qui se répandent. Les crédits titrisés, gagés sur des valeurs futures incertaines, sont autant de bombes à retardement sur un marché opaque et confus où les dettes s’enchaînent et les risques se multiplient.
Dans une période où règne le mensonge, la confiance disparaît et plus rien n’est prévisible. Cette abondance de dettes douteuses fait planer un risque systémique, autrement dit une mise en péril de tout le système financier, économique et social.

Extrait du livre intitulé "L'escroquerie de la crise dans un système en perdition,
De la réalité fatale de l’économie à l’appropriation de situations incertaines
vécues dans leur devenir." (en recherche d'éditeur)

Publié en Janvier 2011 par Lukas Stella pour Inventin

 
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