21/09/2010

La menace terroriste, entre réalité et outil de propagande

Publié le 17 septembre 2010 Par Marie-Christine Poncet sur LePoint.fr

Brice Hortefeux a annoncé que "la menace terroriste s'est réellement renforcée ces derniers jours et ces dernières heures" en France. © AFP PHOTO / MARTIN BUREAU 
Mi-septembre, le gouvernement alerte : la menace d'attentats terroristes sur le sol français est renforcée. Phénomène remarquable dans les commentaires, les internautes analysent plus l'annonce elle-même que l'événement dessiné comme probable. La majorité d'entre eux voient dans les discours la mise en oeuvre d'une stratégie de la diversion et une stratégie de la peur.

Certes, nul ne le nierait, la menace d'attentats terroristes existe bel et bien.
 Elle fait même "froid dans le dos" (brown). "Le risque est partout" (mimolette), "nous sommes face à un grave problème de sécurité" (soap). Il ne faut pas sombrer dans le "déni de réalité", des "abysses s'ouvrent devant nous" (Henricanan). 

Certes, il apparaît rationnel et utile d'entretenir les réflexes de précaution et de vigilance de chaque citoyen.
 "Si le patron de l'antiterrorisme alerte les Français d'une menace imminente d'attentats, vous n'êtes pas obligés d'avoir peur non plus, mais, comme sur la route, vous êtes priés de prendre des précautions et d'être vigilants", traduit clicoeur, une voix parmi des scripteurs lancés dans une tout autre interprétation.

"La grande menace n'est pas nouvelle" (Jean13)
Le contraste entre la quasi-permanence du plan Vigipirate depuis 1991, activé sans répit au niveau rouge depuis 2005, et le caractère ponctuel des communiqués du gouvernement conduit à se poser la question du contexte : pourquoi évoquer une menace en ce moment ? Surtout en des termes qui paraissent flous : "Faute d'argumentaire crédible, cela fait un peu chiffon rouge" de la part des "51 communicants à temps plein de la cellule de com de l'Élysée" (Tonpoulou). Aucun dispositif nouveau visible sur le territoire, "plan Vigipirate rouge renforcé, dites-vous, mais alors pourquoi restent accessibles au public la tour Eiffel, les musées, les gares, les aéroports, les grands magasins ?" (eau sauvage) ; aucune préconisation, "une politique de la peur ne sert à rien sans conseils concrets" (Luc Matteo-Donné).

"Ne s'agirait-il pas d'une annonce de circonstance ?" (vania).
Ce n'est généralement pas l'usage pour un ministre de communiquer sur des menaces d'attentats. "Vous êtes ministre de l'Intérieur, et en tant que tel, votre rôle n'est pas de prévenir, mais... d'empêcher", dit eau sauvage à l'adresse de Brice Hortefeux. Le communiqué du ministre de l'Intérieur est rapproché de l'ensemble de ses prises de parole, cette contextualisation déstabilise le propos : "Trop d'Hortefeux tue le contre-feu, quand y'en a un, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'on commence à voir les ficelles" (Sarkolatre). Ce qui apparaît comme un détournement délibéré de l'attention choque, jusqu'à la honte. "Faisons peur aux Français, détournons leur attention, ils oublieront tout ce pitoyable, lamentable spectacle que nous offre le gouvernement actuel, empêtré qu'il est dans ces affaires méprisables, indignes. Je ne me reconnais plus citoyenne française, j'ai honte et mal, vraiment" (pasgaie42).

Une opération de sauvegarde pour le pouvoir ?
Le premier réflexe, dans les commentaires, est de se rebeller contre une tentative d'anesthésie des citoyens : "Et c'est reparti ! On cherche à faire peur au peuple pour le maintenir en état de léthargie, pour qu'il ne conteste rien et qu'il ne pense qu'à manger, travailler, dormir et avoir peur" (chichi). "Faire peur afin de faire taire..." (bzhatao), endormir pour mieux soumettre : "Plus on propage la peur, plus on soumet le peuple. Bien sûr que la menace existe. Et des professionnels compétents sont là pour nous protéger. Et ils font bien leur boulot. Nul n'est besoin d'en rajouter une couche. Et détourner le regard de problèmes nationaux fondamentaux vers des problèmes annexés n'est que diversion politique" (Lucce). "Anesthésier le peuple par la terreur est un principe bien connu pour en être maître" (Lavachequirit).

Une stratégie de la peur
Le sentiment que l'information politique, depuis des mois, n'est que propagande lasse et inquiète : "La peur, l'inquiétude, l'angoisse, la délinquance, les immigrés, les Roms, les jeunes, les jeunes des quartiers, les islamistes, la grippe, le tabac, l'obésité, les alertes météo, le niveau qui baisse, les otages des grèves, la drogue, les radars, et que sais-je encore... l'important, c'est que vous ayez peur, la peur qui inhibe et qui fait que l'on ne réfléchit plus à ce qui nous intéresse réellement. La lutte des classes existe, les dominants la pratiquent tous les jours" (Mank-Doxy).

Lutte des classes, l'expression renaît depuis quelque temps sur les claviers. Le pouvoir semble tirer sa force d'une communication scénarisée. Mais sa légitimité, qu'en est-il ? "Actionner le registre de la peur est souvent le moteur utilisé pour contraindre les foules à s'en remettre à ses dirigeants. Cette technique qui remonte du fond des âges, réactualisée par la CIA, est largement importée en France ; la peur y est bien orchestrée : l'emploi et le chômage, le risque d'exclusion, l'insécurité, les banlieues, les Noirs, les Arabes, les Roms, les délinquants sexuels, la grippe A, les islamistes, les terroristes... tout est bon pour capter la part de cerveau disponible du citoyen lambda" (Koszayr). Car alors, ajoute maulac, "on se recroqueville, on en appelle à un protecteur providentiel, on se tait, on laisse faire".

L'usure des discours politiques
Finalement, à l'image d'un danger terroriste évoqué dans les communiqués gouvernementaux, les commentaires opposent un danger jugé plus grand - plus constant et plus lourd de conséquences quotidiennes -, celui du "mensonge d'État" (hervé). Ce qui choque le plus, c'est l'utilisation déréglée des mots, leur emploi détourné au service des intérêts du pouvoir et non de ceux du peuple. Dans une provocation inspirée par l'exaspération, Fredus écrit même : "Les électeurs français vont peut-être enfin finir par comprendre que le terroriste qu'il faut le plus craindre n'est autre que Sarko." 

Alors non, nul ne nie la présence de la menace terroriste ; oui, on a peur de la mort absurde. Mais ce n'est pas de cela, disent la majorité des commentaires, que les communiqués du gouvernement parlaient. Et on est révolté chaque fois que l'information semble être propagande. "Et ensuite on parle de cohésion sociale, quelle blague !" (Frenchy).

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IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST