21/07/2010

Le quart des ministres traîne des casseroles

Publié le 15 juillet 2010 par Jean Marc Manach sur Bug Brother

Une chose est de “surveiller les surveillants“, ce que LeMonde.fr m’a proposé de faire. Une autre est de “surveiller nos gouvernants“, ce que la presse, notamment sur l’internet, essaie de faire avec cette “affaire” Woerth-Bettencourt, aux nombreux rebondissements (et oui, c’est bien de la coke que prend Eric Woerth, à la petite cuillère, sur cette photo issue de son profil Facebook).

En 2007, j’avais lancé un observatoire répertoriant, de manière quasi-encyclopédique, plusieurs dizaines de faits de censure, ou d’auto-censure, imputables à Nicolas Sarkozy.

Aujourd’hui, la question, ce n’est plus la censure (même si l’UMP et le gouvernement tentent de diaboliser l’internet), mais l’impunité, tristement illustrée par la présence de plusieurs Very important dictateurs africains, et autres militaires responsables de graves violations des droits de l’Homme au défilé militaire de ce 14 juillet, comme le déplore la Fédération internationale des droits de l’homme :

Ce ne serait pas le moindre des paradoxes qu’ à l’occasion de la célébration des valeurs de la République, celles-ci soient bafouées par la présence de tortionnaires, dictateurs et autres prédateurs des droits de l’Homme, et qu’en lieu et place de les poursuivre, la France les honore.

Je ne sais si Eric Woerth a enfreint la loi. Je sais par contre que dans d’autres pays, un ministre aurait démissionné pour moins que ça. Problème : il faut sauver le soldat Eric Woerth. C’est même ce pour quoi Alain Joyandet et Christian Blanc ont (été) démissionné(s). S’il n’avait pas été en charge de la réforme des retraites, Eric Woerth aurait en effet peut-être démissionné.

Peut-être… la France ayant ceci de particulier que les scandales qui affectent ses ministres ne débouchent que rarement sur des démissions, contrairement à ce qui se passe dans d’autres démocraties. En attendant, plus d’un quart des membres du gouvernement traîne des casseroles…

Je veux une République irréprochable“, avait pourtant déclaré Nicolas Sarkozy dans un spot de publicité lors des présidentielles de 2007 :

Le président de la République c’est l’homme de la nation, ce n’est pas l’homme d’un parti, ce n’est pas l’homme d’un clan. Je veux que les nominations soient irréprochables, je veux que le Parlement ait davantage de pouvoir, je veux que les ministres soient moins nombreux, quinze au maximum, et qu’ils rendent des comptes et qu’ils s’engagent sur des résultats. Je veux défendre la Ve République mais je veux changer la pratique de la république : plus de simplicité, plus de proximité, plus d’authenticité. Au fond, je souhaite, si vous me faites confiance, être le président d’une démocratie qui sera exemplaire au regard du monde.


Je veux une République irréprochable

De fait, l’on dénombre à ce jour 20 ministres, et 17 secrétaires d’Etat… mais également plus de 30 scandales impliquant une dizaine de ministres et secrétaires d’Etat qui, dans d’autres pays, auraient potentiellement pu (ou dû) entraîner la démission de ceux qui y sont impliqués (à gauche, le gouvernement, à droite, le même avec ses casseroles) :









De la condamnation de Brice Hortefeux pour injures raciales aux appartements “de fonction” de Christian Estrosi et George Tron en passant par les “affaires” françafricaines de Bernard Kouchner, sans oublier les nombreuses polémiques suscitées par Nicolas Sarkozy lui-même, les casseroles se ramassent à la pelle…

Mais revenons-en au discours de celui qui n’était pas encore président, et qui se voyait comme un “homme de la nation” et pas celui d’un parti ni d’un clan. Thomas Legrand notait a contrario que Nicolas Sarkozy avait lancé la campagne des régionales comme s’il dirigeait l’UMP. Et j’avais par ailleurs découvert, avec des étudiants du CFJ, que de Basile Boli à Isabelle Balkany en passant par Christian Clavier, Jean Reno, Vincent Bolloré ou encore Alain Minc, 28% des invités du dîner du Fouquet’s avaient reçu la légion d’honneur.

Les “nominations irréprochables” ? Voire : on pourrait ainsi rajouter au diaporama des nominations polémiques de L’Express la liste de Challenges des patrons nommés par Nicolas Sarkozy, sans oublier, bien sûr, la tentative de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad (voir l’opération Touche pas à mon népote ! du collectif Sauvons les riches !)…

Le Parlement a-t-il “davantage de pouvoirs” ? Non : il suffit, par exemple, de voir comment le gouvernement a copieusement enterré en grande pompe une proposition de loi, émanant de députés PS ET UMP, ET adoptée à l’unanimité par la commission des lois de l’Assemblée (présidée par un député UMP), visant à encadrer les fichiers policiers (dont le nombre a explosé de 70% en trois ans, et alors même que le quart des 58 fichiers policiers est hors la loi).

Pour fêter ce 14 juillet, et donc aussi l’abolition des privilèges, j’ai proposé à l’équipe de datajournalistes d’Owni.fr de dresser la carte de ces polémiques, scandales et autres taches dans ce que l’on ne peut plus guère qualifier de “République irréprochable” (voir La République obcène).

L’interface des blogs du Monde ne me permet pas d’afficher en plein cadre la Cène en question, mais vous pouvez glisser l’ascenseur à droite ou encore la visualiser en plein écran en cliquant là :

Nicolas Kayser-Bril, avec qui j’avais déjà réalisé une carte de France des lycées vidéosurveillés, ainsi qu’une application révélant l’existence de milliers d’e-mails piratables sur les sites .gouv.fr, a tiré un Google Doc de ces scandales “qui auraient poussé à la démission des ministres dans d’autres pays“, et qu’il se propose de mettre à jour d’ici 2012. De l’art de surveiller nos gouvernants…

Quant à la photo de tête, elle est bien extraite de l’album qu’Eric Woerth publié sur son profil Facebook à l’occasion de la saisie record de 684 kg de cocaïne à Montpellier.

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2010/07/15/le-quart-des-ministres-traine-des-casseroles/#xtor=RSS-32280322

 
IDEM VELLE AC IDEM NOLLE AC TANDEM VERA AMICITIA EST